Les maquis FTP de Saint-Antonin
Au cours d'une conférence tenue à Saint-Antonin en 1994 pour y présenter la brochure sur Malou Rauzet, j'avais donné en document la carte et les lieux d'implantation des maquis FTP. J'emploie le pluriel pas seulement pour évoquer les déplacements mais suivant les périodes, il a eu des caractéristiques diverses : beaucoup d'Allemands au départ et beaucoup d'Espagnols à la fin, Charles Couchet y étant presque le seul Français que les Espagnols gardaient pour avoir le lien avec les habitants. J-P Damaggio
P.S. : C'est le dernier article de cette catégorie.
Visite à Saint Antonin
Dimanche 18 Mars 1984 avec Charles Couchet, son ami "Albert" (sans doute Pèlerin), leurs épouses, Jean-Louis Franceries et d'autres peut-être.
Les lieux d’implantation du maquis
Point 1 : C'est le lieu d'implantation du premier maquis que Pélerin a trouvé. Dans cette zone de causses, c'est une muraille en pierre qui permet le repérage. Cette muraille construite en rond permettait de cacher la tente des premiers maquisards. Un point plus proche de Saint Antonin permettait le ravitaillement. Il s'agissait d'un endroit où Malou avait (ou travaillait) un jardin et où elle portait le ravitaillement le jour que les maquisards venaient chercher la nuit[1]. Cette implantation n'aurait duré qu'une quinzaine de jours. Le maquis, après une brève étape aurait traversé l'Aveyron un peu plus au sud pour s'installer au point 2 en haut du roc d'Anglars.
Point 2 : Nous n'avons pas visité ce point par manque de temps et peut-être l'accès y est-il devenu impossible à cause d'une chasse gardée. Ce point correspond au témoignage de Manzack.
Point 3 : Il se situe au bord de la forêt de la Garrigue et a pu être visité. Il s'agit d'une ancienne bâtisse, peut-être une bergerie, ce qui fait que pour la première fois le maquis se donne une installation en dur. Mais l'hiver 43, Couchet se rappelle que le vent passait très bien à travers les murs qui ne sont faits que de pierres superposées. C'est de ce point que le maquis se dispersa. Couchet se rappelle y avoir vu Arthur[2] et il se demande si le départ vers le Lot et Garonne ne visait pas à rassembler des forces pour libérer la prison d'Eysses[3]. En cet endroit, le maquis dut se cacher pour éviter d'être repéré par les Allemands (on y trouve un chemin important bien empierré qui aurait été une ancienne route romaine et Couchet se souvient de Bayrou lui donnant des explications à ce sujet)[4]. Il sera le point de rencontre quand certains reviendront du Lot et Garonne.
Point 4 : C'est une autre cabane mais beaucoup plus cachée car éloignée de tout accès facile. Le groupe, à ce moment là se composait d'une quinzaine de membres.
Point 5 : Il est l'emplacement ultime. Se situant au-dessus de la Gourgue, nous n'avons pu le trouver malgré nos recherches qui, il est vrai, furent interrompues par la nuit.
Remarques diverses :
Au-delà des lieux d'implantation, pour bien saisir la vie au maquis, il faut évoquer d'autres questions. Ce qui a le plus marqué Couchet, c'est la discipline, en particulier celle imposée par les résistants allemands[5]. Albert se souvient de ses premiers jours : il fallait se tenir à carreau. Le comportement des FTP était à l'inverse de celui du maquis d'Ornano qui se moquait des consignes de sécurité. Ils ne portaient aucune attention à leur tenue et le nom de code pour les parachutages était bien trop connu. Parmi ses actions, Albert se souvient : l'attaque de la gendarmerie de Caussade, l'action pour faire tomber des pylônes, une action pour faire sauter la voie Lexos-Montauban. Concernant le ravitaillement, au début la vie fut très dure[6]. Au point 3, Albert se rappelle encore les corvées pour aller chercher l'eau. Au point 5, il avait une mobylette pour aller chercher du pain à Saint-Antonin. Puis elle tomba en panne et il soupçonne les résistants allemands d'avoir fait le nécessaire ne jugeant pas cet outil digne de la clandestinité. Tout était mis en inventaire et il fallait tenir les registres à jour. On évoqua l'accident d'Olivier et celui de Charles qui se blessa en maniant une arme. Pierre Couchet passa au point 3 ou 4. Le maquis voyagea ailleurs puisqu'il alla du côté de Verfeil. C'était la consigne de ne pas rester trop longtemps à la même place.
Des points controversés :
Pour Manzack, il y a une date : c'est le 6 Mai 1943 qu'il serait monté au maquis. Vu l'endroit où il indique sa rencontre, on aurait été fin Mai 1943 si on considère que le maquis s'est créé vers le 20 Mai 1943. Pourtant comme le 6 Mai est son anniversaire, il maintient sa référence. Quant à Malou, elle croyait que le premier maquis était implanté à l'endroit où elle portait le ravitaillement[7]. Elle indique Negro Crabo comme lieu de ce ravitaillement et elle m'en montra physiquement l'endroit.
Des points non éclaircis :
Qui a établi le lien entre ce maquis et le 47 ? Il y a l'histoire d'une camionnette et un réseau qui échappe à chacun. Le rôle de Pélerin semble important. Louis Sabatié semble pour le département à l'origine du maquis. Pourquoi dès le départ ne l'a-t-il pas rejoint comme les amis de son groupe ? Quelle place pour Lucien Naulet ? Comment évolua le rôle et la place des étrangers de la MOI[8] ?
(Ces notes et la carte, page suivante, sont reprises presque textuellement de celles rédigées au lendemain de la visite. Si bien qu'aujourd'hui je suis incapable de dire qui était Albert. Je livre tout ça à ceux qui pourront cerner le sujet de plus près. J'aimerais en particulier en savoir un peu plus sur le rôle éventuel de Pierre Bayrou car le témoignage sur les lieux laisse bien entendre que c'était lui qui était là).
Bibliographie :
Marcel Thourel : Itinéraire d'un cadre communiste, Privat 1980 ;
Marcel Maurières (sous la direction de): Le PCF dans la Résistance en TetG, 1984 ;
Les communistes du Lot et Garonne : Ami si tu tombes ... 1984 ;
Philomen Mioch : Les tribulations d'un ouvrier agricole, 1984 (la femme de Mioch fut courrier avec Malou à Agen mais il n'y a rien à ce sujet).
[1] Elle est libérée le 13 mai, reprend contact avec le PCF à sa sortie de prison et va donc aider un temps ce maquis avant d’entrer à son tour dans la clandestinité.
[2] C’est André Delacourtie qui vient du Lot-et-Garonne.
[3] Ce départ intervient fin septembre 1943.
[4] Je me souviens tout à fait de ce chemin surprenant, découvert en plein forêt et que je n’ai jamais revu depuis.
[5] Mystère de cette présence d’Allemands.
[6] On peut imaginer avant le contact avec Malou ce qui tend à confirmer la date du 6 mai comme maquis déjà existant. Dans le livre Maurières considère que le maquis est né « un beau jour du mois de juillet 1943 ».
[7] Et c’est bien l’endroit en question vu la proximité du point de ravitaillement !
[8] On vient de voir la présence des Allemands. A un autre moment il n’y aura que des Espagnols !
