Malvezin_et_Beaurepaire_Froment

 Les nouveaux outils de recherche permettent de se poser des questions autrefois sans réponse. Par exemple : quand le journal socialiste du Toulousain a-t-il pour la première fois employé le mot occitan ? Ce fut le 25 janvier 1911 dans la chronique hebdomadaire de Beaurepaire-Froment, Pe'l Metxoum. Je donne ci-dessous le début de l'article et en pièce jointe celui du 14 juin 1911 sur Malvezin. Beaurepaire-Froment (Moissac 1872 - Paris 1914) a beaucoup publié ainsi que Pierre Malvezin (1841-1929). Un monde inconnu… J-P Damaggio

 

«Pe’l Metxoun»

LE SANG DES VIGNES

C’est un beau titre que celui de ce roman qui nous dépeint la lutte des vignobles du Bas-Languedoc contre les maladies de la vigne, la crise vinicole et les fraudes. Pierre Villeroy, d’une riche famille de vignerons de Piédestang, qui jusque là avait eu pour principale occupation de faire la fête à Paris, a dû aller vivre sur le domaine familial tant en raison de la mort de ses parents que de l’amenuisement de ses revenus par suite des maladies du vignoble et de la mévente des vins.

Pierre est un beau garçon en pleine jeunesse. D’abord il s’ennuie ferme, se trouve malheureux et le changement d’existence et d’allures, fait qu'il regrette la vie cependant insane qu’il menait à Paris. Mais peu à peu l’atavisme parle en lui, il est pris par l’amour de la terre. Il est captivé par l’intérêt de la lutte agricole et économique : il devient un passionné de son terroir et de sa patrie occitane. Marié à une fille d’une vieille famille du pays, une amie d’enfance retrouvée, Villeroy s’attache plus que jamais au sol natal ; il devient le guide et la providence des vignerons de la région dans la lutte contre la terre, les éléments et les bandits fraudeurs.

Il faut louer l’inspiration régionaliste et racique du Sang des Vignes. Pierre Guitet-Vauquelin, qui avait déjà publié un roman de bonne note occitane, Le Marchand d’Illusions, ne craint pas dans sa nouvelle œuvre de détacher l’antagonisme qui existe entre le Midi et le Nord : « Et le voici qui songeait à cette betterave hideuse dans son corsage rouge ou dans sa bouffissure blême, venue du Nord, de cette autre moitié de France à laquelle il ne se sentait aucune parenté d’esprit, aucune parité de goûts, pour tuer la vigne élégante dont les Ecritures elles-mêmes célébraient tendrement le jus divin. Une rage d’être fort, qui se découvre, une force invincible jusqu’ici négligé, choquait ses dents, crispait ses poings : Nom de Dieu de nom de Dieu ! quand même ! »

Plus loin, l’auteur évoque « l’histoire récente de la première tentative de révolte du Midi contre l’inaction et les coupables complaisances gouvernementales » ; il nous montre les pensées de son héros : « Pour accomplir la tâche qui germait en lui, pour réaliser l’œuvre superbe qu’il méditait lentement, dont la splendeur le dominait peu à peu, il fallait autre chose que des gens pratiques, autre chose que des mentalités sèchement égoïstes, étroitement calculatrices ; il fallait des âmes capables de s’enthousiasmer à l’heure bonne, susceptibles de pousser jusqu’au sacrifice leur dévouement à l’idéal accepté… Ce que rêvait Pierre, c’était une explosion formidable d’indignation, et l’organisation ensuite de la lutte solidaire contre l’ennemi commun. Et cela n’était autre que l’amplification géante du sentiment de la famille ; la trêve momentanée de toutes les querelles politiques ou religieuses ; l’étreinte de toutes les mains d’un même peuple pour le sauvetage des vignes nourricières, pour la résurrection splendide d’une terre qui l’avait vu naître, qui avait éclos, nourri et épanoui son individualité exubérante, travailleuse et artiste, aimable jusque dans ses légers travers, et qui ne voulait pas mourir de male mort, succomber à la morne influence des races du Nord qu’endeuillèrent toujours les épais brouillards des mers ouvertes, et qui ignorent les brises harmonieuses de mers intérieures et l’éternel rire d’or du soleil… »