le roi lear

 

Au Festival d’Avignon il y a le In et le Off et cette année les «organisateurs» du Off ont décrété qu’il avait cinquante ans. Mais il existe aussi le IN-IN, le Off-Off et aussi le Off-In ou le In-Off. Pour dire que dans le In il existe une cérémonie symbolique : la Cour d’Honneur (le IN du IN). Pour dire qu’un acteur du In de la Cour d'Honneur jouait au même moment dans le Off. Pour dire que le Off a des théâtres permanents et d’autres de circonstances.

 Le « La » était donc donné cette année par une tragédie de Shakespeare : le Roi Lear ce qui permettait au directeur du Festival de faire d’un même geste, une double publicité: pour son œuvre et pour le Festival. Certains reprocheront en effet à Olivier Py ses multiples «mandats» : cette année, il a dirigé la mise au point de deux opéras, de deux pièces de théâtre tout en ayant en charge la direction du Festival. Des jalousies ?

 Je ne connaissais pas cette pièce qui démontrerait chez Olivier Py l’imbrication de la vie et du politique.

Un Roi, pour goûter aux joies de la vie, décide d’abandonner son pouvoir à ses deux filles, la troisième n’ayant pas daigné répondre à la demande du père : expliquer son amour paternel.

 La première surprise tient au texte qu’Olivier Py a réécrit totalement et la surprise vient surtout des propos du fou qui utilise de manière répétée des chansons populaires françaises, au texte adapté à la situation. Un clin d’œil au populaire dans le cade de ce vieux programme bien connu : « élitaire pour tous » et cher à Olivier Py ?

 A part une couronne minable aucun élément du décor n’évoque en rien la cour d’un roi. Et sans doute pour choquer, l’entrée en scène d’une moto faisant le tour des lieux moteurs en marche, n’était pas de nature à ajouter du sens par ce moyen.

 Dans un entretien Olivier Py avait glissé un rapprochement entre Jean-Marie Le Pen et le roi Lear puis ensuite il a insisté pour dire qu’il ne fallait pas s’en tenir à ce rapprochement. Contre tous ceux qui ne voient dans la pièce qu’un parricide je réponds que l’essentiel n’est pas chez Lear qu’il soit père, mais qu’il était roi. La question est donc en effet d’ordre politique. Cependant le rapprochement avec Le Pen n'a aucun sens même si un maître décide de laisser son pouvoir à sa fille qui ensuite le déshérite.

 On se souvient qu'Olivier Py avait annoncé de manière un peu grandiloquente que si le FN gagnait la mairie d'Avignon il quitterait la direction du Festival. Il a donc quelques préoccupations politiques qu'il a pensé inscrire dans sa lecture du roi Lear. Il a essuyé bien des critiques qui ne me semblent pas les bonnes critiques car JAMAIS elles n'interrogent le cœur du propos de Py : le rapport au politique.

 J'ai d'abord suivi la pièce à la télé mais pas jusqu'au bout comme, semble-t-il, la très grande majorité des téléspectateurs (moins de 2% de taux d'audience). Trop verbeux, peu d'émotions. Sur la scène du théâtre on ne ressent pas la même chose qu'enfermé par  l'écran TV mais on s'étonne d'un ton toujours hurlé alors que techniquement ce n'est pas nécessaire.

 Le critique du Monde commence ainsi son article : "C’est assommant, deux heures cinquante à ce régime. Mais ce serait un moindre mal si la mise en scène tenait la route. Paresseuse, boursouflée, elle part dans tous les sens, et rend incompréhensible le point de vue d’Olivier Py sur Le Roi Lear, que pourrait résumer une phrase écrite en grand, et en néons blancs, sur le mur de la cour : « Ton silence est une machine de guerre. » "

 Je serai moins sévère mais je reste dubitatif sur le projet engagé. Dans tous les cas, il n'y a aucun rapport avec le couple Jean-Marie et Marine Le Pen d'autant que les femmes dans la pièce joue un rôle ridicule et que Marine n'est pas dans le même registre. Jean-Paul Damaggio