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Vie de La Brochure
28 avril 2018

Le SNI tire les leçons de mai 68 le 21 juin 68

La grève chez les instits a été massive et pas toujours simple dans tel ou tel village du Tarn et Garonne. Qu’en est-il résulté ? La poursuite de rénovations en marche ? Et je prends le mot « rénovation » car c’est celui employé dans l’analyse ci-dessous. J’en donne le contenu comme document sans commenter mais je note seulement le flou qu’il contient. En conclusion, l’autosatisfaction des dirigeants du syndicat me paraît éloigné des réalités. JPD

  

L'ECOLE LIBÉRATRICE- N° 32 (21.6.68)

 UN GRAND MOUVEMENT DE RÉNOVATION

La crise de l'Université ne peut être isolée d'un ensemble de phénomènes sociaux dont la dimension n'a pas encore été réellement perçue. L'expansion fulgurante des sciences et des techniques, la rupture des cadres traditionnels de vie, la montée d'une jeunesse ardente et inquiète, un besoin croissant d'éducation commandent dans le domaine de l'enseignement — comme dans beaucoup d'autres — une mutation des structures et une révision des objectifs. Aussi, n'est-ce point en marge, mais en prise directe avec les actions de grève et les événements de ces semaines exceptionnelles, qu'un travail pédagogique intense s'est accompli dans les Facultés, les Lycées, les Collèges, les Ecoles normales, les Centres de formation, les Ecoles primaires et maternelles des campagnes et des villes. Travail de réflexion, de confrontation, de recherche, réalisé dans l'enthousiasme.

Partout, sous les formes les plus diverses, un dialogue s'est instauré sur les fins, le contenu et les méthodes de l'enseignement à tous ses niveaux. Jour après jour, un extraordinaire bouillonnement d'idées a nourri des discussions passionnées auxquelles ont participé les enseignants, les étudiants, les élèves, les parents.

Soucieuse de favoriser un effort d'harmonisation et de synthèse, de donner des moyens d'expression et de large diffusion au mouvement qui s'est développé d'abord parmi les jeunes, la Fédération de l'Education nationale a pris, dès le 4 juin, la décision de convoquer, dans les meilleurs délais, des «Etats généraux de l'Université nouvelle». Une Conférence nationale préparatoire pourrait se tenir à Paris au début de juillet.

Après les avertissements répétés des syndicats d'enseignants auxquels le Pouvoir est demeuré sourd depuis dix ans, l'action des étudiants et des lycéens, la nature de leurs revendications, la forme qu'a prise leur contestation ont fait mesurer la gravité de la situation au niveau du Second Cycle et des Enseignements supérieurs. Cependant, un débat sérieux, allant au fond des choses, ne peut s'instaurer sans qu'une part importante soit réservée à l'Ecole maternelle, à l'Ecole primaire, aux finalités et aux caractères de ces enseignements «premiers» intervenant aux stades les plus décisifs du développement de l'enfant.

L'éducation est «une» de la Maternelle aux Enseignements supérieurs. C'est sur cette base qu'enseignants, parents, élèves, étudiants doivent édifier l'Université nouvelle afin qu'à tous ses degrés, en liaison avec ce qui précède et avec ce qui suit, les efforts de tous convergent vers le même objectif : donner à chaque individu les moyens d'aller le plus loin, de s'épanouir, d'assumer pleinement sa dignité d'homme.

Faute de quoi, les réformes partielles dont nous pourrons définir ensemble les principes seront, d'avance, condamnées à l'échec.

Pendant toute la durée de la grève, des milliers d'institutrices, d'instituteurs se sont réunis chaque jour, faisant du «Conseil des maîtres» une réalité vivante à l'échelon de l'école, du quartier ou du canton. Ils ont mis en commun leurs expériences, confronté leurs vues, exprimé leurs aspirations et leurs espoirs, apportant ainsi une contribution que nous jugeons être de grande valeur au mouvement spontané de rénovation pédagogique né de la colère des étudiants.

Un tel élan ne doit pas demeurer sans lendemain.

Dans les semaines qui viennent le S.N.I. s'emploiera à donner une expression publique à l'œuvre collective de ses adhérents tant par le canal des «Etats généraux de l’Université nouvelle» qu’au nom des discussions engagées avec le Ministère de l’Education nationale sur la Réforme de l'Enseignement.

Soit directement, soit par l'intermédiaire de leur section départementale, de nombreux camarades nous ont déjà fait parvenir les conclusions de leurs travaux. Nous en avons pris connaissance avec le plus vif intérêt. Nous souhaitons que beaucoup d'autres documents du même ordre nous soient adressés avant les vacances.

Sur le plan pédagogique, un pas décisif est franchi, un point de non-retour atteint.

Qu'il s'agisse de la vie de l'école, de l'orientation, des examens ou de la formation des instituteurs, rien, désormais, ne pourra plus se passer comme si les événements de mai et juin 1968 ne s'étaient pas produits.

Les instituteurs ont toujours su, par un effort de recherche et une conscience profonde de leurs responsabilités d'éducateurs, adapter l'Ecole primaire aux besoins et aux capacités de tous leurs élèves.

Depuis longtemps, les instituteurs sont acquis aux principes d'une réforme démocratique, attachés à défendre une conception dynamique de l'enseignement.

Cependant, au cours des débats pédagogiques, nous avons bien souvent constaté combien il était difficile pour nos camarades de s'abstraire d'une réalité contraignante, de structures figées, d'habitudes de pensée, pour imaginer des structures nouvelles, une autre attitude de l'éducateur dans une école dont le rôle ne serait plus de «constater, de juger, de trier» en vue d'une sélection, mais bien de pousser chaque enfant au maximum de ses capacités.

Le fait nouveau — dont on ne peut manquer d'être frappé en lisant les rapports et motions — c'est la prise de conscience individuelle.

La réflexion commune, les discussions avec les collègues et les parents ont conduit chacun à se sentir personnellement concerné dans sa vie, dans sa classe, dans son école par des mutations ou des réformes dont il avait approuvé le principe lors des sessions d'études ou des Congrès du S.N.I.

Beaucoup d'institutrices et d'instituteurs ont redécouvert à cette occasion la justesse et le caractère audacieux des positions antérieurement prises par leur organisation syndicale.

Chacun se sent, à présent, personnellement engagé, décidé à apporter son concours actif à une rénovation pédagogique véritable.

Le S.N.I. s'appuyant sur les résultats d'une action qui a contraint le Ministère de l'Education nationale à ouvrir une orientation nouvelle, poursuit sa lutte pour que soient enfin créées les conditions de cette rénovation, pour exiger les structures scolaires, les crédits, les postes, la formation des instituteurs sans lesquels elle serait illusoire.

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