Pendant longtemps les instituteurs ont été surveillés. Par les curés jusqu'en 1848. Par l'Etat à partir de 1848. Le document ci-dessous traite de la surveillance des instituteurs sur l'arrondissement de Castelsarrasin, par l'Etat, en 1850. Une surveillance qui annonce le coup d'Etat du prince-président en 1851, car dans les faits, entre république et anti-république, parfois la marge est mince, comme en 1940 quand une asssemblée élue en 1936 (mais sans quelques communistes) vote les pleins pouvoirs à Pétain. Un document à la fois amusant et parlant. J-P Damaggio

 

 

 Archives du 82 : 3 T 1

Lagrange Isidore nommé à Escazeaux le 6 avril 1837 : Instituteur instruit mais plein de suffisance et peu disposé en faveur du gouvernement. Il lit publiquement La Réforme dans les cabarets.

Demages Jean-Bernard nommé à Labastide St Pierre le 10 février 1845 : Opinion politique avancée. Vit mal avec le maire de cette commune. Est du parti rouge et très exalté. A fait signer une pétition contre le projet de loi sur la liberté de l’enseignement présenté à l’assemblée national pat M. de Falloux

Laborie Dominique nommé à Monbéqui le 16 février 1834 (révoqué) : Il s’est montré exalté en février 1848. Aujourd’hui il est plus calme mais il est du parti rouge. Sous le rapport de la moralité sa position est déplorable. Il accepte publiquement ce rôle de mari complaisant et paraît vivre ainsi que les enfants de sa femme aux dépens du sieur Delbosc ancien maire de la commune qui habite dans sa maison. Les pères de famille n’ont pas voulu lui confier leurs filles et ont appelé une institutrice privée. Il exerce une fâcheuse influence dans les communes de Bessens et de Montbartier. Son fils est un des coryphées du parti rouge. Cet instituteur ne mérite sous aucun rapport la confiance du gouvernement et des familles.

Lafourcade Jacques nommé à Asques le 18 mars 1847 (suspendu) : S’est montré très exalté en février 1848 et exerce encore une fâcheuse influence sur l’esprit faible du maire de cette commune auquel il a inspiré au commencement de l’année dernière les actes les plus répréhensibles de persécution contre le respectable curé d’Asques. Esprit faux qui sème la discorde. Il est l’instigateur du projet de changer l’emplacement de l’église, projet qui deviendra une cause de division dans la commune. Il est père de famille et presque dans l’indigence.

Fraissinet Jean Baptiste nommé à Lacapelle le 18 mars 1847 : Le désordre de sa position pécuniaire tend à le déconsidérer. Il propage les doctrines socialistes et pervertit l’esprit déjà assez mauvais de la population de Lachapelle. Sa persistance à le faire encore attriste les hommes modérés qui demandent à grands cris son éloignement.

Poussard Bernard nommé à Montgaillard le 14 septembre 1848 (suspendu) : s’est montré très ardent après la proclamation de la république. Il se glorifiait publiquement de la qualification de Rouge. Il est permis de supposer qu’il a beaucoup contribué à donner dans la commune une forte majorité aux candidats de la Montagne. Depuis quelque temps il est plus calme mais ce retour est-il sincère ? Il serait à désirer qu’on pu le changer de résidence.

Duprat Jean-Pierre nommé à Castelmayran le 29 octobre 1840 (révoqué) Démocrate exalté. Il fait partie des clubs et continue d’agir dans l’intérêt du parti socialiste et jacobin. Il serait bon de l’enlever de la commune.

Amouroux Jean nommé à Lafitte le 6 mars 1834 : père du directeur de l’école supérieure de Castelsarrasin. Républicain démocrate, fréquente le parti rouge. Il est mal vu dans la commune. Beaucoup de pères de familles envoient leurs enfants chez l’instituteur de Cordes.

Vidal Jean-Louis nommé à Beaupuy le 29 octobre 1846 : assez bon instituteur. Il reçoit le journal La République et le fait lire. Cependant il est beaucoup plus circonspect depuis deux mois par suite de circonstances qui lui ont été faites par un membre du comité d’arrondissement.