ferme marine

Le dernier jour, en route vers l’aéroport, nous nous étions arrêtés avec notre taxi à la Pointe du diable. Le lieu conserve des vestiges historiques du temps de la présence des Hollandais. Le chauffeur était plutôt intéressé par la mer et ses merveilles pour les pêcheurs. Aussi à un moment je demande ce que signifient les bouées au loin. Une ferme aquatique. Avec plusieurs bassins. Un risque, dit le chauffeur qu’il nous arrive la même chose qu’à La Réunion avec les requins, où, justement, quelques jours avant, un nouveau surfeur attaqué par un requin, est décédé.

En ces régions, toute aquaculture appelle la présence de requins, pas besoin d’être savant pour le comprendre. Des requins qui viennent là à l’occasion puis se sédentarise. Qui plus est des requins bouledogue.

Les dégâts ne concernent pas que les surfeurs car les dits requins avalent tous les poissons du secteur au grand désespoir des pêchers locaux.

Un exemple de double langage des autorités, à Maurice comme ailleurs.

D’un côté la justification de l’élevage de poissons en mer se fonde sur le besoin de satisfaire la demande locale (or l'essentiel est exporté !). D’un autre côté les mêmes autorités, pour un prix dérisoire, autorisent les bateaux européens à pêcher chaque année 4000 tonnes de thon dans les eaux territoriales de Maurice ! Sauf que dans les deux cas le principe est le même : gains financiers pour l’Etat (et surtout les multinationales) au dépend d’une politique de la pêche cohérente.

Le chauffeur nous explique qu’il pourrait y avoir de petites unités de ferme maritime sous le contrôle des pêcheurs du village unis en coopérative et là tout le monde y gagnerait. Mais la politique de Maurice a toujours été, historiquement, de viser les recettes par l’exportation, au détriment des intérêts des populations. La ferme de Mahébourg a d’abord été autorisée pour 20 cages puis elle n’a jamais cessé de grandir pour arriver aujourd’hui à 88 ! Reconnaissons qu’elle n’est pas face à une plage.

 Dans la ferme aquatique que nous avons sous les yeux, près de Mahebourg, (elle est née en l’an 2000 et produit 450 tonnes de poisson par an et vise les 3000 tonnes), il y a eue, voici peu de temps, une échappée de poissons et aussitôt le vandalisme a été montré du doigt pour éviter toute référence aux requins. Or elle est gardée  par des drones et des caméras infra-rouge qui n’ont signalé aucun vandale. Depuis dix ans, cette ferme a plutôt mentionné dans un rapport «60 attaques de prédateurs dont la moitié par des requins ».

 L’autre haut-lieu de l’aquaculture se trouve au nord-est à Grand Combe. Le lundi 8 janvier 2018, Anil Gayan, ministre du Tourisme y avait effectué une visite déclarant en conclusion qu’il n’y avait pas de requin dans cette zone. Le 21 janvier des pêcheurs du lieu en ont pêché un d’énorme ! Il faut le reconnaître aucune étude scientifique n’a jamais été lancée pour établir le lien aquaculture-requins et en même temps personne ne peut nier que La Réunion est devenu le lieu majeur des attaques de requins (25 tués). Depuis 2011 sur 5 attaques mortelles dans le monde une s’est produite à la Réunion. Une ferme aquacole installée en Baie de St Paul durant plus de 20 ans, distante de 3 kilomètres de cette station balnéaire, a été fermée en avril 2013. Non rentable ont dit les autorités. La vraie raison, vu le développement par ailleurs de l’aquaculture ?

Avec ou sans requins, il s’agit là d’une pratique industrielle qui mériterait une plus large information du public. L’aquaculture en bassins terrestres est souvent plus connue que celle en pleine mer. J-P Damaggio