Je l’ai déjà rappelé, la politique en Tarn-et-Garonne a pendant tout le XXème siècle été marqué par la puissance des Radicaux, mouvement dont il  ne faut jamais oublier qu’il est né de la base citoyenne. De ce fait le TetG a connu trois radicalisme que je présente schématiquement ainsi : celui de Montauban très unitaire à gauche car en face la droite a toujours été puissante et combative, celui de Castelsarrasin qui, vu l’absence de la dite droite, a eu comme ennemi le courant socialiste et entre les deux, celui de Moissac, plus paisible, plus consensuel.

Pour Castelsarrasin j’ai beaucoup écrit sur les municipales sans produire une étude d’ensemble que la situation de 2020 devrait m’inciter à écrire.

Le maire d’aujourd’hui a eu pour grand-père une figure du radicalisme local qui en 1945 a affronté M. Alary qui se voulait à la fois du côté socialiste (pour être dans le vent) tout en pratiquant un radicalisme avec la bienveillance communiste.

Mais, suite à des luttes non pas politiques mais simplement de pouvoir, le maire actuel a été élu contre le radicalisme, contre la gauche et contre la droite, un peu comme un précurseur de la victoire de Macron.

Ce fait a été rendu possible après l’ère Dagen produite par une guerre interne d’une gauche qui se croyait indispensable.

Le tournant politique du pays s’est produit comme chacun sait en 1981 avec la victoire du PS dont tout le monde pouvait penser qu’elle allait renforcer la gauche. Mais comme pour Lula ensuite au Brésil qui une fois élu a conduit à la mort de la fameuse expérience municipale de Porto Alegre, la victoire de 1981 a marginalisé le PCF, n’a pas aidé les Radicaux, conduisant ainsi le PS à prendre en charge une politique centriste. Les municipales de 1983 sont la clef de cette mutation qui a vu cependant une victoire d’une union de la gauche claire à Castelsarrasin avec un maire PS, des adjoints communistes et radicaux. Sauf que dans cette alliance le maire PS n’avait pas pris soin d’avoir une majorité à lui tout seul. C’était les premières municipales avec une dose de proportionnelle. Donc la suite n’a pas manqué : une alliance Radicaux-communistes a débarqué le maire PS avec pour conséquence une guerre entre les trois partis en 1989 et la victoire surprise venue de la droite avec Bernard Dagen qui cependant, suivant la pente naturelle à Castelsarrasin, a conduit une politique radicale dont il était la clef de voûte du Conseil général.

Le pharmacien Dagen est devenu le candidat imbattable jusqu’en 2014, l’élection de trop. M. Bésiers l’emporte au second tour qui donne un résultat surprenant : plus de présence de la gauche (la liste n’a pas été déposée), et la liste Dagen perdant son chef de file la seul opposition est devenue très fragile.

Dans ce contexte que peut-il se passer en 2020 ?

Le maire sortant ne peut que continuer son œuvre d’autant qu’au Conseil général, après y avoir été un marginal, il en est devenu un vice-président.

Mais alors l’opposition ?

Le monde politique est devenu si petit que le fils de M. Bénech, qui a été au cœur du succès de M. Bésiers, va conduire, ce que je n’ose pas appeler la gauche, même si les négociations pour récupérer des miettes de l’opposition de droite ont échoué. Observons à ce sujet une évolution sociologique générale.

M. Bénech était instituteur – je l’ai bien connu comme secrétaire départemental du SNI –tout comme Louis Delmas le maire PS de Montauban remplacé ensuite par un professeur, et à présent le tête de liste est un prof d’université (maître de conférences en mathématiques).

Petit à petit les instituteurs ont été rayés de la carte politique à la fois par le monde des médecins, des avocats et des entrepreneurs. Le phénomène est très visible à l’Assemblée nationale.

Le fils Bénech est un employé du Conseil départemental, entreprise qui s’est fortement développée et devient presque le laboratoire des nouvelles élections municipales.

Mais le FN dans tout ça, et les écologistes ?

L’effondrement de la gauche suite à la victoire de Mitterrand (et la chute du mur de Berlin) a permis l’émergence de deux forces politiques, le FN qui est né du sommet, et les écolos qui comme les Radicaux sont nés de la base.

Le FN n’a que rarement présenté des listes aux municipales et je ne pense pas que 2020 puisse changer la donne malgré des scores énormes à Castelsarrasin (37% aux dernières européennes).

Inversement, en 1989 dans la foulée de leur émergence politique les écolos ont présentés des listes y compris à Castelsarrasin (8% aux dernières européennes LFI faisant seulement 4%).

Bref, aurons-nous à Castelsarrasin trois listes au premier tour : droite, centre, gauche ? A suivre. J-P Damaggio