durou_aime

Un homme admirable dont j'ai pris la peine d'aller interroger le fils. Dans un texte précédent il est évoqué mais jamais aucun communiste (et surtout pas Pierre Juge) n'avait pris la peine d'aller interroger le fils pour reconstituer la vie du père. Il est arrivé qu'un historien local ma demande l'entretien réalisé et là aussi suprise : j'ai repiqué la bande magnétique que j'ai envoiyée au fils pour qu'il véirfie l'écrit et pour moi le document c'était ce texte corrigé alors que je me suis fait reprocher de ne pas avoir gardé la bande !

Voici le discours devant le monument juste après avoir appris sa mort à la libération des camps et la photo reprise du Maitron que j'avais moi-même récupérée chez le fils. Existe-t-il d'autres photos ?

J-P Damaggio 

La Voix du Midi 12-6-1945

 A la mémoire de Durou notre grand militant

 C'est prisonnier en Allemagne pendant la guerre 14-18 que Durou est arrivé à réfléchir aux problèmes politiques. La révolution spartakiste éveille en lui des sentiments nouveaux.

Arrive en France, il a hâte de compléter son éducation politique. Et tout naturellement et en pleine connaissance de cause lui, fils de paysan de nos Causses s’inscrit au Parti Communiste dès sa formation. Du même coup le Parti Communiste  était né à Septfonds.

Aimé Durou a pris parti : sa ligne de conduite était tracée une fois pour toute. Avec ténacité, une persévérance exemplaire, il se met à l'œuvre. Il mène, dans toute la région de Caussade, une propagande incessante, ne se laissant jamais abattre, jamais décourager. Son nom est, intimement lié à l’histoire du Parti dans ce coin de terre de France.

En 1936, le Parti pose a candidature pour l'arrondissement de Castelsarrasin. Conscient de l’importante tâche qui lui est confiée, Durou, aidé par son ami Peyrière, dont nous attendons impatiemment le retour, mène une excellente campagne qui permet au Parti de jeter des bases solides dans cette région, jusque-là trop délaissée.

Animateur infatigable

L’activité de notre cher camarade ne se ralentit un seul instant. Secrétaire de la section de Caussade, il en est l'animateur intrépide. Candidat aux cantonales, il mène avec ses amis Peyriére, Huc et Gros (eux aussi déportés en Allemagne) une active campagne.

C'est ensuite l'arrivée en masse des républicains espagnols dans notre région. La création du camp da Septfonds. Une nouvelle activité, une nouvelle tâche sont confiées à notre camarade Durou.

Il est chargé d'aider nos camarades espagnols. Pour mieux s'acquitter de la tâche confiée il apprend l’espagnol.

Il assure la liaison entre ceux du camp et de l'extérieur. Parvient même à organiser des entrevues entre dirigeants politiques de l'extérieur et de l'intérieur du camp. Provoque l’évasion de certains camarades, les cache, les nourrit, toujours aidé par ses amis de Septfonds.

Le responsable

Vient la guerre. Le secrétaire régional étant jeté en prison, c'est à Durou, qu'est confiée cette importante fonction, Une vie nouvelle va commencer pour lui. Toujours sur la brèche, il prend part à toutes les réunions et expéditions nocturnes clandestines. Ils ne se sont jamais las; il se trouve partout où sa compétence et son aide morale sont nécessaires pour donner courage aux jeunes maquisards. Hélas, malgré son expérience et sa grande prudence, Durou et ses camarades de Septfonds sont pris. Le calvaire va commencer. Mais l'homme indomptable qu'est notre ami ne se laisse pas abattre, et à Beau-Soleil, Eysses et en Allemagne il donnera toute la mesure de sa force dans la lutte qu'il mène et qu’i mènera contre les assassins nazis et leurs valets de Vichy. Notre ami Garcia, compagnon de souffrance de Durou, nous donna un aperçu de ce que fut sa vie depuis la prison Beau-soleil, Eysses, où il n'hésita pas d'ouvrir le grand portail et de chanter la « Marseillaise », et le « Chant du Départ », devant les G.M.R., qui tiraient sur eux pendant la sanglante répression commandée par Vichy et sauvait ainsi des dizaines de ses compagnons de misère.

Puis ce fut le train fantôme. Train insaisissable, où les hommes enchaînés et entassés par centaines, dans des wagons à bestiaux durent supporter les plus atroces souffrances. L'arrivée en Allemagne, dans un des camps où la barbarie nazie devait exterminer tant de millions d’hommes, de femmes et enfants.

Là Durou, jusqu'à sa mort, continuera l’œuvre commencé&e en prison.

Le chef

Les groupes résistants créés à Beau Soleil, sous son impulsion, continueront la lutte, Malgré la faim, malgré les répressions féroces, malgré les fours crématoires.

Il ne s'occupait jamais de son sort, mais beaucoup de camarades lui doivent sûrement la vie, car par son travail inlassable, par sa sollicitude envers les plus déprimés, les plus découragés, il savait leur redonner ce courage indomptable et cette force virile qui l'ont animé jusqu'au bout.

Nous ne reverrons plus Durou, mais souvenir, son image riante resteront à jamais gravés dans nos cœurs. Nous y puiserons la force et la volonté nécessaires pour mener à bien la tâche commencée par ce cher camarade « mort pour que vive la France ».

Ne pleurez pas Mme Durou ! Durou n'est pas mort, car les dieux ne meurent pas.

Puissiez-vous trouver, ainsi que vos enfants, dans la part que nous prenons à votre immense douleur, le courage et l'apaisement nécessaires qui pourront vous aider à supporter la triste vie du chagrin et de peine qui sera la vôtre.

Merci au Conseil municipal, Merci au C.L.L. Merci à la population de Septfonds et des environs, d'être venus si nombreux rendre un suprême hommage à cet enfant de France, devant le Monument aux morts des deux guerres celle de 14-18 et celle des peuples libres Contre la barbarie nazie-fasciste. A. Vazzoler

 

durou septfonds

Le Maitron

DUROU Aimé, Henri, Albert

Né le 26 février 1891 à Caussade (Tarn-et-Garonne), mort le 7 mai 1945 suite à sa déportation en Allemagne ; charcutier domicilié à Septfonds (Tarn-et-Garonne) ; militant communiste.

 Fils d’un charretier et d’une ouvrière en chapeaux, Aimé Durou avait travaillé à Paris où il avait été mêlé au mouvement ouvrier. Il semble avoir adhéré au Parti communiste dès sa création. Revenu à Sepfonds, il dirigea la liste communiste aux élections municipales de 1925. Le Parti communiste le présenta également aux élections cantonales de 1928. Aimé Durou était, en 1932, secrétaire de la cellule communiste de Septfonds qui aurait compté dix-neuf adhérents dont Édouard Peyrières trésorier, fabricant de bérets et Maurice Gros, cordonnier.Le fils d’Aimé se souvient du passage du dirigeant Louis Aurin à leur domicile.

 Aimé Durou fut candidat du Parti communiste aux élections cantonales d’octobre 1934 dans le canton de Caussade et aux législatives d’avril 1936 dans la circonscription de Castelsarrasin ; lors de ces dernières élections, il obtint au premier tour 443 voix pour 15 163 électeurs inscrits (2,9 %).

La police l’arrêta le 23 juillet 1941 puis la justice le condamna en janvier 1942 à 15 ans de travaux forcés. Transféré de Beausoleil (Alpes-Maritimes) à la centrale d’Eysses (Lot-et-Garonne), il y resta jusqu’en mai 1944. Un rescapé se souvient d’un "très bon camarade, à l’abord facile, aimant conter histoires drôles et mots poivrés. Musicien, il chantait toute la gamme du répertoire classique". Il participa à la révolte d’Eysses le 19 février 1944, chantant La Marseillaise et Le chant du départ face aux GMR. Il fut emmené en mai à Compiègne puis déporté à Dachau puis à Buchenwald. Libéré le 29 avril 1945 par les troupes américaines, il revint à Septfonds affaibli et mourut dans les jours qui suivirent.

Reconnu pour la France, sa participation à la révolte d’Eysses lui valut l’homologation résistant FFI.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts et sur la plaque commémorative aux victimes des guerres dans l’église de Septfonds.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130, année 1932. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 205039 (n.c) . — La Voix des travailleurs. — G. Lachapelle, Les Élections législatives d’avril-mai 1936. — État civil de Caussade. — Entretien de Jean-Paul Damaggio avec Jean Durou, charcutier à Septfonds, fils d’Aimé Durou, décembre 1984. — RGASPI, Moscou, 495 270 3197 (dossier du Komintern pas encore consulté).