Castelsarrasin et Jean-Claude Boutonnet
La soirée courts-métrages de Castelsarrasin était un hommage à Jean-Claude Boutonnet et Jacques Canet qui l’a bien connu, a présenté le premier film fait ensemble en 1999. Comme c’était le premier film j’ai cru que l’atelier cinéma Els Sarrazis, était né à ce moment-là, et j’ai décidé d’en discuter avec mon voisin, puisque Jacques est à cinq minutes de ma maison.
En fait tout commence bien avant. Autour des années 1959, Jacques était au collège à Castelsarrasin où il a été initié au cinéma par le père de Jean-Claude qui n’était pas un cinéaste mais un employé de l’usine Bésiers, sauf que la caméra était sa passion. Le film réalisé à ce moment-là existe-t-il quelque part ? Boutonnet-père dans une confiance la plus large avait même laissé le matériel aux petits jeunes pour qu’ils mettent en place leur projet.
La passion populaire pour l’image, et encore plus quand elle a été animée, n’a pas toujours été bien comprise, le texte passant avant. A l’école la devise est apprendre à lire, à écrire et à compter (et l'ancien instit Jacques est bien placé pour s'en souvenir) et beaucoup moins à regarder. Or la photo puis le cinéma ont toujours eu la faveur de tant de gens et donc ici de Jean-Claude Boutonnet qui avait dix ans de moins que Jacques.
Des années après, Jacques Canet revenu au pays, s’est retrouvé avec le fils, Jean-Claude, à qui le père avait donné le virus du cinéma, même si par ailleurs il devait lui aussi se livrer à son activité professionnelle mangée en partie par sa passion. Nous sommes dans le monde « amateur ».
L’association avait un local peu pratique au-dessus du Vox, peu pratique même si Zanon avait bricolé un engin pour y monter le matériel. Elle a réalisé bien des films en particulier un sur les pompiers. La première qualité de Jean-Claude était son sens de la pédagogie et ensuite sa disponibilité qui, comme pour son père, lui faisait prêter facilement sa caméra.
A la soirée, Jacques avait tenté de rappeler des aspects pionniers du personnage qui lui avait fait pressentir qu’un jour on regarderait des films sur son téléphone. J’écris tenté car le simple spectateur que j’étais n’avait pas vu les implications de ce trait de caractère. Comme le fait de projeter des images pour les malades dans les hôpitaux, par une chaîne qu’il appelait « relaxvision ».
Dans tous les cas il s’agissait de construire une œuvre artistique à partir de l’environnement local, fait qui me tient à cœur, et je ne suis pas surpris de l’engouement qu’il suscite, vu la fréquentation si importante des soirées courts-métrages. Il ne s’agit pas seulement de revoir sur l’écran la place d’Auvillar mais de la voir comme partie d’une œuvre artistique.
D’où une conversation sur les «amateurs» qui était autrefois le fruit de la spontanéité quand aujourd’hui il faudrait les faire passer par les filtres chers aux professionnels. Jacques n’est passé à la réalisation de films où au statut d’acteur sans un quelconque casting mais par la passion d’œuvrer, et les audaces qui vont avec.
Le statut de l’image a évolué avec les outils, et les outils n’ont pas fait que modifier le statut de l’image. Autrefois, pour accéder à des outils, il fallait passer par un atelier, un club, affilié à une fédération et aujourd’hui, quand on peut avec un simple téléphone faire des films, seuls ou en petit comité, les clubs s’assèchent. D’un côté cet usage possible du matériel disponible est génial, mais l’autre l’absence de sociabilité liée à un club est triste. D’autant que si l’usage de l’outil est devenu simple, encore faut-il pouvoir enrichir le message. Je pense à une artiste se lamentant dernièrement du mésusage de l’écran aujourd’hui, si bien qu’elle voudrait condamner l’outil ! Et par exemple l’arrivée des drones. On les repère partout dans les films et séries, et à parler d’un film sur des alpinistes vu aux courts-métrages, il est évident qu’il aurait été tout autre, avec des drones. Une fois encore le drone n’est rien en soi mais merveilleux s’il est utilisé à de bonnes fins.
Parmi les outils évoquons le dernier, le projecteur. Jacques n’aurait jamais pensé il y a encore quelques années que les films qu’il faisait, pourraient se projeter sur des grands écrans comme nous l’avons vu à Castelsarrasin. Jean-Claude Boutonnet avait bien sûr été attentif à cette dimension du cinéma en faisant acheter un projecteur conséquent. Avec cette interrogation : ce passionné a peut-être manqué de moyens pour mettre en œuvre ses pensées. Tout comme il a raté le lien avec son fils qui avait de grands talents mais peut-être une absence de persévérance ou de cohérence. Ce qui nous renvoie à une des questions majeures aujourd’hui : comment ne pas se perdre dans le labyrinthe des possibles ? Comment ne pas se disperser dans la jungle des opportunités ? Notre génération, retraitée aujourd’hui, recevait une éducation à la patience, un cadre où la spontanéité jouait son rôle. A présent, la religion de l’instant, tue parfois les indispensables boussoles.
Jacques travaille à présent sur un projet à l’année autour du cas « Nicolas Crubilé ». Il sort de sa zone de confort car il entre dans le reportage en quittant la fiction. Un projet sur l’année c’est-à-dire gérer l’instantané de la prise de vue, en triant sur des tonnes de rushs, pour tenir un fil. Voilà comment nous avons fini par une discussion sur… Sitjar. J-P Damaggio
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