chloé lacan

Samedi elle est à Castelsarrasin, en première partie de Jamait un habitué d'Alors Chante !

Je voulais chercher quelques paroles des chansons de cette chanteuse originale, mais sans succès. Juste deux articles à son sujet et bien sûr son site pour écouter les morceaux phares.

J-P Damaggio

 

 

Café Noir : Chloé Lacan, votre parcours semble situé entre théâtre et chanson.

Chloé Lacan : Je viens en effet du théâtre au départ. Dans la chanson, je mets plein d’autres éléments qui ne sont pas de la chanson.

C.N.: Sur scène, vous aimez jouer des changements d’instruments, des changements de plateaux. Est-ce pour donner du rythme ?

C.L.: J’ai monté au départ un travail en groupe avec Crevette d’acier, nous étions tous musiciens-comédiens-chanteurs. Lorsque j’ai monté mon projet en solo, c’était un hommage à l’accordéon mais, comme j’étais seule en scène, j’avais envie de varier les plaisirs et les couleurs musicales. J’ai donc créé un poste au ukulélé, un autre au piano et cela a donné du mouvement et des changements d’ambiances, de couleurs.

C.N.: Êtes-vous aussi à l’aise sur un instrument que sur l’autre ?

C.L.: Je suis plus à l’aise sur mon accordéon, c’est plus mon instrument. Je fais ensuite quelques petites touches sur les autres. Je suis surtout une chanteuse qui s’accompagne mais il est vrai que mon instrument de prédilection est vraiment l’accordéon.

C.N.: L’accordéon n’a pas une image un peu ringarde ?

C.L.: Vous datez. Il ne l’a plus depuis qu’il a fait ses lettres de noblesse avec le jazz, avec Galliano, la musique tsigane, Bratch, Renaud, Gérard Blanchard et plus récemment La Rue Kétanou, Têtes Raides… Je pense que les gens ont réintégré l’accordéon. Pour ma part, c’est grâce aux musiques du monde que j’ai appris à aimer cet instrument. La musique tsigane d’abord, puis les musiques brésilienne, réunionnaise, argentine…

C.N.: Vous donnez la parole aux femmes ?

C.L.: Parce que j’en suis une. Je ne sais pas si je donne la parole au femme, mais ma parole est féminine, forcément.

C.N.: Cela dit, toujours avec de l’humour. Nous ne sommes pas dans la complainte.

C.L.: Non, ni la complainte, ni la revendication. J’ai envie de parler de choses qui me touchent et en parler vraiment. L’angle de l’humour m’a toujours plu. Boris Vian disait que « l’humour était l’élégance du désespoir » et j’aime beaucoup cela. Même lorsque la vie me semble dure, sombre ou sans issue, j’ai toujours trouvé que l’humour était une pirouette magnifique. D’autant plus sur les sujets graves.

C.N.: Vous parvenez à faire rire avec une écriture assez simple ?

C.L.: Je ne sais pas, en tout cas j’aime toujours être sur le fil. J’ai aussi des chansons qui font pleurer, qui sont tristes mais les gens qui me font le plus rire sont ceux qui me font pleurer aussi. Je cherche donc ce fil là, toujours sur l’émotion, en exprimant des choses assez simples en effet. J’essaye toujours de passer par ce fil de l’émotion pour décrire ce dont je parle.

C.N.: Entre l’accordéon et le chant, lequel des deux vous a d’abord donné envie de vous exprimer ?

C.L.: D’abord le chant. L’accordéon m’est apparu ensuite comme un acolyte formidable pour une chanteuse et une comédienne, car c’est un instrument terriblement scénique. On danse quand on joue de l’accordéon.

Propos recueillis par Emmanuel Lagain pour Radio Primitive le 14 novembre 2014 au Coquelicot de Fougères

 

« A la pêche au bonheur, prends ta pelle et ton seau / Ne crains pas, petite fleur, de te prendre un râteau. » A nouveau une chanteuse au répertoire amoureux… Sauf que c’est Lacan et que c’est bien plus que ça. C’est l’amour de l’amour d’une artiste qui s’en va d’un plaisir l’autre, d’un homme l’autre, une saute-aux-prunes, une saute-aux-glands. A la recherche de l’homme idéal, elle remonte toute la gamme pour trouver la bête à deux Do. Quitte à passer par les plaisirs solitaires « à l’abri de ma chambrette », chanson par définition touchante, à ne pas mettre entre toutes les mains. A l’index ?

Mélancolie, désirs, vague à l’âme, vague à l’homme, telle est Chloé Lacan qui nous fait un entre-deux spectacles : un peu de celui d’avant, un peu du nouveau, exceptionnellement en solo. C’est de la chanson d’amour contrariée, l’amour dans tous ses ébats, mots affutés comme des poignards, banderilles pour plus encore exciter la mâle engeance. C’est la vie de couple accouplée aux envies de meurtres, la contrariété de sentiments à bout de souffle, à bout de râles, le « doux ronflement de nos vies sans extases. »

Lacan a certes pour elle le charme et des chansons qu’on lui envie. Elle a surtout une personnalité sans égal, faite d’un charisme étonnant, d’un talent et d’une simplicité remarquables. Elle qui n’a pas pour habitude de « tourner autour du pot avant d’y pénétrer » s’impose dès les premiers mots, les premières notes, même si elle fait avec jubilation dans le total rebrousse-poil. Que ce soit à l’accordéon (« qui me fait au ventre comme un paquebot qui rentre au port »), au quart de queue qui est pour elle comme Limousine, ou à l’ukulélé, sur scène comme parmi le public, elle estomaque, elle vous renverse, vous bouscule, vous enthousiasme avec des chansons à l’unisson de son occasionnel et exceptionnel fond de scène : des « chansons faites pour que les yeux se perdent dans le paysage. » Un panoramique à l’exacte étendue de ce qu’elle nous instruit : des relations amoureuses certes compliquées, mais avant tout passionnées.