Camus à San Lluis

J'ai déjà évoqué cette question. Les rencontres de Sant Lluis autour du souvenir d'Albert Camus viennent d'avoir lieu et je propose la traduction de cet article du journal Minorca qui en rend compte.

Finalement c'est Mathias Enard qui a obtenu le prix cette année. Il fut un invité vedette à Montauban et a eu le Goncourt en 2015. Et c'est la photographe égyptienne Rehab Eldalil qui a obtenu le prix de journaliste. J-P Damaggio

"La lutte des opprimés comme nécessité "extrême", les limites de la rébellion citoyenne et de la rébellion constructive sont quelques-uns des concepts inspirés par Albert Camus qui ont marqué la journée d'ouverture des Trobades Literàries Mediterrànies, qui ont débuté ce jeudi à Minorque.

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Sant Lluís, la ville de Minorque où est née la grand-mère maternelle de l'auteur de "El Extranjero", accueille du jeudi au samedi une trentaine d'écrivains, d'intellectuels et d'artistes des pays méditerranéens qui réfléchissent sur la validité de la pensée d'Albert Camus et, plus précisément, de son idée de «rébellion».

Sandra Maunac, directrice des Trobades, a rappelé comment le projet de ces conférences a été conçu par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Miguel Ángel Moratinos, dans lequel il est prévu de restituer l'héritage de la pensée du prix Nobel afin que son esprit de rébellion apporte de nouvelles perspectives au présent.

Une pensée qui devient "absolument nécessaire dans un monde où ce qui divise l'emporte" et qui devrait servir de "balises et de bouées de sauvetage", selon Maunac, qui explique comment cette citation "camusienne" veut revendiquer les voies de la rébellion contemporaine, une "construction révolte contre la situation dramatique du monde ».

prix albert Camus

Premiers orateurs

Les écrivains Erri de Luca (Naples, 1950) et Cristina Morales (Grenade, 1985) ont été les premiers "rebelles" à prendre la parole ce jour-là.

"Nous ne sommes pas honnêtes, nous proposons le conflit", s'est défendue l'écrivaine grenadine Cristina Morales, lauréate du XXXVI Prix Herralde du roman avec son ouvrage "Lecture facile", et qui a critiqué les propositions politiques en faveur des expulsions, des lois sur les squats et la « criminalisation de la pauvreté».

Elle a également attaqué les "misérables débats électoraux" qui, a-t-elle dit, "sont des jeux de mus [je ne sais c e que c’est] où au lieu de haricots, on joue de la rhétorique sur les solutions, ce sont des ordures avec des thèmes orientés vers les solutions inutiles, car elles ne remettent pas en question les causes de l'inégalité".

Car, a-t-elle soutenu, "celui qui squatte ose défier les inégalités et est responsable de la rupture de la bonne coexistence, qui est synonyme de paix sociale, et qui n'est pas synonyme de paix véritable".

"La paix sociale est synonyme de pacification, de silence et d'invisibilité des conflits", souligne cette écrivain pour qui "se lever, c'est proposer des conflits".

Dans ce contexte et considérant les positions anarchistes et antisystème comme destructrices, Morales a expliqué que "oui, nous sommes destructeurs si nous volons un morceau de fromage au supermarché", car c'est ainsi qu'ils montrent qu'ils sont contre la commercialisation des produits. Et les boycotts des défilés de sous-vêtements sont des mouvements tout aussi destructeurs, car cela revient à aller à l'encontre des canons établis ; ou épouser une autre personne pour obtenir des papiers, car c'est ainsi que les politiques « racistes » sont vérifiées ; ou faire des graffitis sur la façade d'une banque, car cela dénonce les dérives bancaires.

Aujourd'hui en plus

Les II Trobades Literàries Mediterrànies Albert Camus se poursuivent aujourd'hui à partir de 9h30 dans la salle qui porte le nom du prix Nobel d'origine minorquine. Trente invités de onze pays assistent à ces conférences, comme les écrivains Tahar Ben Jelloun (Maroc) ou Haifa Zangana (Irak), les penseurs Elias Sanbar (Palestine), François Cheval (France) et Pedro Olalla, les cinéastes Amos Gitai (Israël) et Jihan El Tahri (Liban), et les artistes Alfredo Jaar (Chili), Zineb Sedira (Algérie), Isabel Muñoz (Espagne) et Jacques Ferrández (France), sont quelques-uns des participants à la conférence.

De plus, les Trobades bénéficient de l'assistance d'un groupe de spécialistes de la vie et de l'œuvre de l'écrivain franco-algérien, dirigé par la présidente de la société d'études camusiennes Agnès Spiquel."