Ce matin là, en arrivant, sur le mur de la mairie, une plaque commémorative me saute aux yeux. Un peu en contrebas l’école où je dois me rendre en ce printemps des débuts du nouveau millénaire. Le soir quatre merveilles peuvent occuper mon esprit en rentrant chez moi en voiture par les routes si agréables de la Lomagne : une aide-maternelle attentive, une cantinière sympathique, des enfants adorables et un nom qui va me hanter un moment, Basile Cassaigneau. En arrivant face à mes archives, je cherche et découvre le livre supposé rassembler les œuvres complètes de ce médecin-poète. Il avait fallu cette coïncidence pour que je me penche sur le cas d’un homme exemplaire.

J'ai déjà souvent évoqué Basile Cassaigneau mais à recopier le livre sur la dicature à la française, j'ai retrouvé des souvenirs qui vont à la rencontre de mon travail actuel sur la préhistoire à Bruniquel. Et qui plus est depuis l'an 2000 il y a internet et en tapant Cassaigneau sur le moteur de recherche on découvre des surprises.

Cassaigneau mis en concurrence avec le renoueur, l'empirique, le rhabilleur et tous les adoubaires, il les cite, sans le mépris classique des médecins autorisés, ces membres éminents de la «médecine traditionnelle». Il sait cependant qu’il y avait parmi eux autant de charlatans… que parmi les hommes de la science. Dans ses poésies occitanes le médecin raconte la vie et un peu la sienne, son amour pour ses malades bêtes et humains qui lui font si peu confiance, et pour ses trente ans, il est facile de comprendre qu’il va, après le coup d’Etat du 2 décembre, tenter de se faire petit, de se faire oublier des autorités. Pendant les trois ans de république il avait affiché ses opinions en faveur de l’éducation, de la sociale, de la démocratie et de l’avenir. Mais quand on cherche aujourd'hui cette brève période 1848-1851 est oubliée.

Cassaigneau m’a renvoyé vers François Magendie (1783-1855). A travers l'histoire de cet inventeur de la médecine moderne, il est facile de mesurer comment les années 1800-1850 provoquèrent une rupture considérable dans l'histoire médicale au nom, ai-je envie d'écrire, de la quête à tout prix de la science. Contre Bichat, qui malgré ses talents, continuait de penser que la vie ne pouvait pas se manifester en fonction des lois immuables de la physique et de la chimie, mais seulement sur la base de ses «propriétés vitales », Magendie refuse de tels échafaudages branlants. Il invente les sciences expérimentales comme autour de 1860 des chercheurs vont «inventer» la préhistoire en tant que discipline historique.

Pour Bichat, la médecine soignait jusqu’à un point limite : les « propriétés vitales » qui n’étaient autre que l’impulsion divine habitant chacun de nos corps.

Ces quelques lignes viennent du livre, la dictature à la française. Je ne pensais pas y avoir parlé de la coupure que 1851 a introduit parmi les scientifiques mais avec le cas des médecins le sujet avait été effleuré. Et je retrouve l’effet de ce boulet permanent qui entrave en permanence la marche de l’humanité, les religieux qui dictent leurs interdits que des hommes ont dû braver hier comme demain. J’ai bien dit « les religieux » qui ne sont à la religion que ce que l’opium est à la salade. Mais bon, c’est un autre débat.

Après le coup d’Etat, Cassaigneau continua de vivre, d’écrire, d’aimer les malades, condition première de son humanisme, mais en guise de passion il a troqué la démocratie… pour l’étude des papillons en y ajoutant quelques fantaisies. J-P Damaggio