Desnoyer

Voici comment, sur Sud-Ouest, Alain Godeau président des Amis du Musée Ingres, présente Desnoyer à la fin de juin 1968 quand le peintre bénéficie d'une exposition au Musée Ingres :

"Rencontrer, connaître Desnoyer, aimer Desnoyer - c’est la même chose – c’est entrer de plain pied dans la peinture. L’homme est robuste, sa tête puissante porte une calotte de cheveux roux, aujourd’hui blancs, elle se penche, le regard rusé sourit. On évoque un marin attablé dans un bistrot de l’ancienne rue de Siam ou buvant du genièvre dans la buée d’un estaminet de Rotterdam.

Et demeure cependant quelque chose de terrien, de méridional, muscle, nourri de pain, de vin et de soleil qu’explique la naissance accidentelle à Montauban. Oui, Desnoyer c’est aussi un paysan du Quercy, finaud et chaleureux, bon vivant, bon copain.

Ses tableaux chantent la vie, la mer, les plages grouillantes, les ports, les femmes bien en chair, les paysages ruraux, le populaire dans un ruissellement de couleurs vives qui sont elles-mêmes un chan de lumière et de vie. Ce fauve a appris et retenu les leçons des cubistes. Construction, volumes. Equilibre élaboré. Mais son regard reste toujours ouvert sur le réel, près du réel, proche ou lointain. Indes, Japon… Ses interprétations figuratives vont jusqu’au portrait – il en d’admirables – à l’époque où le peintre de portraits a presque disparu et ici : revient l’enseignement de son enfance, Ingres, Bourdelle qui lui a mis le crayon en main ; le visage de l’homme était pour eux un ami. Desnoyer est aussi un homme qui aime l’homme et ceci nous enchante, surtout aujourd’hui ; nous aimons enfin, qu’avec la régularité de la santé, une sorte de rythme naturel, il poursuive son œuvre, depuis cinquante ans, comme un arbre offre ses fruits.

Nous remercions Desnoyer de la joie qu’il nous donne (on ne peut parler de lui qu’avec des mots simples) : il n’a pas oublié d’anciennes leçons, mais il est de son temps. Il restera pour l’avenir, quelles que soient les évolutions futures, l’un des maîtres de ce demi-siècle magnifique et confus, l’un des tous premiers, l’un des plus fraternels. »