la grève générale

Vu le nombre de manifestants le 19 janvier, 10000 selon la police, 20000 à mes yeux, un constat est fait ici ou là : Toulouse est l'épicentre de la révolte. (nous verrons pour aujourd'hui).

Je n’ai pas lu beaucoup d’explications et je ne vais que les effleurer.

D’abord pour dire que ce n’est pas un effet de la bonne organisation car, sans être toulousain j’ai pu apprendre que les Assemblées générales n’étaient pas une vraie réussite, que les quatre commissions (revendication, action, communication, organisation) étaient très actives mais ne peuvent expliquer la forte participation. Peut-être les liens recherchés avec les syndicats ? Peut-être les liens avec les manifs climats ?

Pour la date cruciale du 5 février, Toulouse appelle à une grève générale pour les 4, 5 et 6 février, quand la CGT parle seulement du 5 ! (un appel pas très clair à ce jour)

Avec cette dernière phrase sur l’affiche : « Que Mai 68 nous serve d’exemple ! »

Ou celui qui a rédigé d’affiche rêve depuis des décennies de rejouer 68, ou le mouvement toulousain est atypique car dans les faits les gilets jaunes sont l’exact contraire de Mai 68 !

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Le mouvement de 68 a reposé d’abord sur la lutte des étudiants qui dans une université qui s’est démocratisé représentait cependant la partie favorisée de la jeunesse française puis ensuite, l’occupation des usines a été mise en œuvre par les bastions syndicaux de l’aristocratie ouvrière. J’en conviens, la grève s’est ensuite étendue même dans des usines du Tarn et Garonne sans le moindre syndicat, mais globalement cependant ce ne fut pas une révolte de la misère.

Inversement, et à ce jour les enquêtes le confirment (mais il n’y a pas besoin d’enquêtes quand on croise les gilets jaunes) le mouvement actuel vient des oubliés de la société. Il n’a pas l’organisation de l’époque même si l’action repose sur les revendications sociales.

On peut saisir les différences entre les slogans «poétiques» de 68 et les slogans terre à terre des gilets jaunes. Je trouve d’ailleurs géniale l’idée d’utiliser le gilet pour y inscrire ses revendications !

 Cependant la différence fondamentale à mes yeux est ailleurs. Elle concerne les médias et leur révolution.

En 68 le pouvoir politique dictait sa loi aux médias alors qu’à présent les médias dictent leur loi aux politiques. Qui peut imaginer aujourd’hui une grève à la télé de l’ampleur de celle de l’ORTF ? (grève souvent oubliée quand on évoque 68)

Quoi va-t-on me répondre, Macron et ses sbires ne dicteraient pas leur loi aux grands journalistes ?

Or voilà que les gilets jaunes confirment mon diagnostic : depuis les premier décembre les grands médias s’activent pour créer une liste gilets jaunes aux européennes et vont y arriver au-delà de leurs espérances. (voir lettre à Shahinyan)

Il existe bien sûr des constantes entre 68 et aujourd’hui (l’envie de se révolter) mais elles restent mineures par rapport aux différences.

Je prétends avec beaucoup d’autres que le mouvement de 68 pouvait être récupéré par le capitalisme conquérant et il l’a été (les anciens de 68 qui crachent sur les gilets jaunes font peine à voir) alors que le mouvement des gilets jaunes est la marque, de ce Guilluy appelle le «marronnage» des classes populaires (dans le sens des esclaves marrons qui hors de la société tentait de vivre une autre société), et de ce fait est irrécupérable, sauf à faire disparaître les dites classes populaires ! Sauf que la France ne pourra pas se réduire aux glorieuses métropoles !

Il reste à voir comment dans cette métropole qu’est Toulouse le mouvement va évoluer pour en comprendre les éventuelles mutations et persistances. J-P Damaggio