Dans le numéro 1247 du journal du Parti de Gauche, le 14 février 2011, François Delapierre avait crié victoire ! en titrant un article : "Le Pen K.O. continuons le boulot."

 

A la fin de la campagne 2019, comme un coup de poignard dans le dos, le conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Andréa Kotarac a décidé de quitter les Insoumis et annonce son vote pour le Rassemblement national, car à ses yeux c’est «la seule liste apte à faire barrage à Emmanuel Macron». A une question de Marianne (voir document) qui lui demande ce qu’il en pense Mélenchon répond d’un mot : «Du dégoût.» Quand il s’exprime sur la même question en meeting à Toulouse, il fustige celui qui a rejoint «les fachos» car devant les militants il faut frapper plus fort qu’en s’adressant aux lecteurs de Marianne.

Depuis la naissance du Parti de Gauche la position de ce parti vis-à-vis du FN qu’il combat, n’est jamais claire. S’agit-il d’un parti facho ? Dès le départ j’ai combattu cette analyse qui a fait les beaux jours du… FN. Bien sûr, il y a eu des fachos à la fondation de ce parti mais à partir de 1984 il est devenu un parti républicain ordinaire. Il trompe ses électeurs ? Mais qu’à fait le PS, les Verts, Sarkozy et d’autres depuis la même époque ? Que pensent ceux qui ont fait les jours heureux d’un Cohn-Bendit devenu la parole de Macron ?

 Ce parti est un parti d’extrême-droite qui a su traverser bien des épreuves en conservant puis en élargissant son électorat. Moi-même j’ai cru que dans l’alliance Dupont-Aignan - FN, du second tour de 2017, Debout La France ! récupèrerait des miettes mais il n’en a rien été. En Tarn-et-Garonne une conseillère municipale FN a eu beau se retrouver sur la liste de Dupont-Aignan, son parti n’a pas franchi la barre des 5% ! Toutes les scissions du FN n’ont que faiblement entamé son enracinement. Cette fois encore avec la scission de Philippot et le portrait d’une Marine Le Pen ridicule, dans le débat télé face à Macron en 2017, certains pensaient déjà à la relève avec Marion Maréchal. Erreur sur toute la ligne !

Bref, en lançant au départ la campagne des européennes sur le thème : un référendum anti-macron, Mélenchon qui a précisé que ce thème avait été retenu par le groupe parlementaire France insoumise, a tiré une balle dans le pied de son propre mouvement ! Appeler au référendum anti-macron ne pouvait qu’encourager le vote FN et justifier la position d’Andréa Kotarac !

Il ne suffit pas de répéter que LFI est le premier opposant à Macron pour que le simple citoyen en soit d’accord ! Surtout celui qui depuis des années (et bien avant la naissance de LFI) considère qu’en votant FN il s’oppose frontalement au système. J’en suis d’accord cet électeur se trompe mais encore faut-il être capable de l’en convaincre ! Or en le traitant de facho on n’arrive à rien et ce n’est pas moi qui le dit, mais 35 ans d’histoire ! J’ai bien connu Ras L’Front qui fut champion toute catégorie dans cette lutte et je respecte ceux qui ont conduit cette bataille, mais Ras L’Front est mort (sans analyser ses échecs) et L’Front est bien vivant !

 Dès 1986 Le PCF a considéré qu’il avait liquidé le FN suite à un débat glorieux entre Lajoinie et Le Pen, débat télé qui m’a été projeté en réunion de cellule. J’en ai déduit que je n’avais plus rien à faire dans un parti aussi myope. Et Mélenchon, sur ce point comme sur d’autres a repris les positions du PCF tout en présentant ce parti comme étant « la vieille gauche » thème qui est fortement revenu dans sa bouche en 2019, lui se pensant sans doute comme étant « la nouvelle gauche » !

 Alors pourquoi cette dramatique sous-estimation du FN ?

Pour la même raison qu’a été sous-estimé par la gauche française le courant écolo, point suivant de mon propos. Pour la gauche, à partir du moment où le FN est considéré comme fasciste, il n’est pas pensable que le pays puisse être… fasciste à hauteur de 20% ! Le peuple du pays des grandes révolutions ne peut que rapidement revenir à plus de clairvoyance ! Or c’est cette même gauche qui à partir de 1984, sous les auspices de François Mitterrand, a pensé que le FN pouvant disqualifier la droite, allait permettre la mise en place de ce qu’on appelait sous la Quatrième République, La Troisième voie, à savoir l’union entre le centre et le PS (que Macron a élargi à la droite !). Et ce n’est pas surprenant si après chaque gestion du pays par le PS, le FN a fait d’importants bonds en avant.

 A la fin d’en entretien avec Marianne Mélenchon indique : «Le couple infernal LREM-RN va fatiguer. Ironisons: cinq ans, le même film, c'est trop dans la vie médiatique actuelle, il faut que le feuilleton comporte des rebonds. Nous sommes là.»

 Mais non, le couple infernal LREM-RN ne va pas fatiguer ! Au contraire il va s’incruster, il a tout pour pouvoir s’incruster.

 Après les présidentielles de 2012 j’avais écrit : « La belle leçon du combat de Mélenchon c’est que nous savons à présent que sa méthode a été contre-productive. Si je puis me permettre une analogie : Mélenchon (avec son équipe) a préparé une bonne soupe avec les ingrédients adéquats, puis a oublié d’allumer le feu pour la cuisson, en conséquence, à l’heure du repas, rien n’était prêt !»

 En 2017 dans un contexte où il n’était pas obligé d’écouter le PCF (et son obsession du vote pour le moins pire au second tour de la présidentielle) il a fait beaucoup mieux. Je rappelle sur ce point que le FN depuis toujours n’a jamais soutenu personne au second tour (sauf à de rares exceptions), se maintenant même chaque fois qu’il le pouvait, au risque parfois de faire élire la gauche contre la droite, et cette position constante a toujours été admise par son électorat.

 France insoumise a accepté, en l’annonçant à l’avance, de rompre la vieille tradition du désistement républicain (ce que je souhaitais depuis 1993) et ce fut un point lui permettant de capter une part de l’électorat FN. Mais d’autres problèmes se sont posés depuis, plus graves et que nous allons étudier au fil des jours. J-P Damaggio