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Vie de La Brochure
21 décembre 2014

Tarascon, Boursiac, Cladel et Daudet

tarascon

 

Dans la revue toulousaine l'Archer de 1934, Louis-Germain Boursiac nous révèle son style à propos d'un ville, Tarascon, qui est l'exact contraire de la ville chère à Alphonse Daudet qui a produit son cher Tartarin. Ce défenseur de Cladel n'a pas fait ce portrait sans penser à Daudet et j'aime à y voir une métaphore faisant toute la différence entre le Sud-Ouest et le Sud-Est de la France. Jean-Paul Damaggio.

 PROSE POUR TARASCON

Tarascon, humble ville ancienne...

Tu as la pudeur réservée des pauvres choses qui savent bien ne pouvoir lutter de clinquant avec notre modernisme de foire et tu es silencieuse, à l'écart, renfermée sur toi-même, sans mendier le regard, dans la seule dignité de ton moi.

Tarascon.,. le voyageur qui passe te méprise et te méconnaît, vieille ville qui t'es volontairement refusée à la prostitution des hasards. Tu n'offres à l'étranger que la banalité ordinaire de tes faubourgs qui ne tente point. Tu as voulu défendre cette vie intérieurement locale qui est la tienne toute faite, pense-t-on, de renoncements héroïques et de méditations sur des passés défunts. Et tu y as réussi.

Tarascon... on ne voit de toi qu'une petite ville, comme bien d'autres de France, qui se survit à elle-même durement, chichement. A peine soupçonne-t-on ta peur farouche de notre existence et les réserves de ta tendresse mâle, inemployée, derrière tes murs équarris. Nul ne se doute, non nul ne croit que tu nous as abandonnés, et que tu t'es placée hors du temps, nous laissant dérouler notre câble de vie à cette guise, la nôtre, que tu estimes dangereuse.

Tarascon, tes églises sont ruinées ou désertes... comme Saint-Pierre de Montmartre. Et tes saintes de bois, offertes aux pluies, ne fixent plus ces mendiantes professionnelles qu'aucune manne céleste ne vient récompenser. Mais tes maisons balourdes sont nettes et robustement maçonnées sur les assises de leurs cornières. Et ton château Louis XIII est trappu et puissant dans son austère nudité.

Tu as de larges plans sobres où la vigueur des parallèles amène la construction à se dégager devant nous, franche et pure. Les lignes, ces éléments des corps, sont détachées indépendamment de leurs lois physiques. Et je saisis ainsi l'essentiel ontologique de ta structure — ô humble ville — sous les bruns en velours frappé des persiennes, ou les roses rugueux de tes murs. Tu configures à cette heure une passion contenue, neuve de vieillesse, et une âpreté espagnole qui se réserve dans ses dépouillements pour des résurgences prochaines d'activité. Tu t'es mise volontairement en sommeil. Bientôt, tu te manifesteras brusquement — tel un coup de fouet — à notre humanité lassée... Comme au début du quaternaire, lorsque les incantations de Niaux n'étaient plus déjà que le mystère inutile des souvenirs...

Tarascon humble ville, je fais confiance à ton réveil prochain.

Louis-G. BOURSIAC

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