Pourquoi melocotón en espagnol ?
La pêche se dit pesca en italien, peach en anglais et pfirsich en allemand d’après le traducteur google. Alors pourquoi melocotón en espagnol ? Et là on ne peut pas accuser la langue arabe !
Aujourd’hui j’ai pris mon dictionnaire étymologique de l’espagnol et surprise il me renvoie à melón ! Et surprise encore plus grande : « melocotón : mot qui désigne une variété de pêche issue du croisement par greffe entre ce qu’on appelle durazno et le coing membrillo.
Il s’agit là de deux fruits d’Amérique latine que j'ai eu le plaisir de goûter, un peu comme si la pêche venait d’Amérique alors qu’en fait elle y a été importée par les Européens.
A moins que…
La pêche vient de Chine est passée par l’Italie, la France puis les Amériques.
Et si le fruit durazno viendrait directement de Chine sans attendre l’arrivée de Christoforo Colombo ?
Il existe toujours cette hypothèse d’un peuplement des Amériques par le nord mais aussi directement par le Pacifique. Je n’en sais pas plus mais je m’étonne de ce mot : melocotón.
Avec cette autre anomalie concernant la pêche plate.
Il existe en Amérique la durazno paraguayo qui n’a rien à voir avec le Paraguay mais qui est le nom de ce qu’on appelle en France pêche plate.
C’est dans les années 70/80 que la pêche plate a été créée à Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux, au sein d’un laboratoire de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). Le scientifique René Monnet y a travaillé pendant 25 ans avant d’obtenir ce fruit issu du croisement de centaines de pêchers originaires de Chine, de Turquie et d’Espagne. Vous trouvez que l’histoire manque de poésie ? C’est pourtant un très long voyage qui lui a permis d’arriver jusqu’à nous.
On retrouve les traces d’une première variété plate il y a 2000 ans dans l’ouest de la Chine. Les empereurs de l’époque la chérissaient car ils pouvaient la faire tourner dans leurs mains et la déguster sans que le jus ne se mêle à leur barbe. Elle fut ensuite introduite au Japon avant d’être découverte par Alexandre le Grand en Perse. Il l’importa alors en Grèce, lui offrant ainsi une ouverture sur l’Europe.
Au XIXème siècle, elle arrive en France et c’est ainsi que, bien des années plus tard, elle parvint jusqu’à René Monet. Son calibre et sa fragilité ne convenait alors pas au marché européen. À travers ses expériences, notre scientifique a donc cherché la perfection et a fini par la trouver chez ce fruit équilibré et étonnement savoureux.
Curieusement, en dialecte balear du catalán on l’appelle xino, ce qui pour les gens de là-bas coïncide avec son orige chinoise. Les Anglais ayant d’autres références disent : doughnut peach. Les Italiens : Pèche tabatière !
J-P Damaggio
