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Vie de La Brochure
31 août 2021

Histoire d'un enfan comique

Voici un texte de saison que je retrouve et dont je peux dire que ce n'est pas une fiction. JPD

Avec naturel, décontraction et amusement Manuel prépare aujourd'hui sa nouvelle rentrée scolaire d’instituteur de 1991. Il a décidé de se remémorer le portrait d'un enfant blond à souhait, âgé maintenant de 9 ans et qu'il croisa avec plaisir le 18 Septembre 1989 dans une classe de CE2 où il était présent pour une semaine.

Ce jour-là Manuel engagea l'entretien matinal du lundi sur les nouvelles du jour, quand un bambin annonça que le cirque Zavata allait passer en ville. Guillaume ayant mal écouté, crut qu’il était déjà passé. Il fut rassuré, et le montra par une mine impayable et une belle exclamation, quand il comprit qu'en réalité le cirque ne passerait que Jeudi.

Manuel comprit très vite que le blondinet était un comique et celui-ci comprit que le maître était bon enfant aussi il lui fit une confidence à la récréation :

-        L'an dernier dans ma classe il y avait de bons élèves. Ils étaient premier ou deuxième.

-        Normal, répondit Manuel.

-        Oui mais voilà; ce qui est bizarre, A CE QU'ON DIT, les meilleurs étaient après la neuvième place.

-        Et tu étais à quelle place ?

-        Dixième, répondit l'enfant en éclatant de rire.

Les présentations étaient faites.

Pour entamer la journée de classe du lendemain, à l’échange du matin un enfant parla par hasard de Tintin. Là, Guillaume saisit à nouveau la balle au bond pour placer son discours :

-        J'ai lu tous les Tintin et après bien des hésitations j'ai fini par trouver mon personnage préféré : La Castafiore.

Manuel préféra ne pas rentrer dans des explications (ce qui est dommage pour l'histoire) car il sentit qu'elles seraient interminables.

L'après-midi, alors que personne n'avait posé la question classique "qu'est-ce que tu feras plus tard ?", la discussion s'engagea sur ce thème et encore une fois Guillaume se distingua. Il ne prit pas la parole, se contentant de rire doucement avec ce qu'il fallait de mimiques pour attirer l'attention. Manuel se sentit obligé de demander ce qui faisait rire ce farceur :

-        Quand je serais grand, monsieur, voilà ce que je ferai : je jouerai au loto.

Toutes les occasions lui étaient bonnes pour plier en deux, son auditoire. L’instit ne pouvant s'empêcher d'être bon public, personne ne s'ennuya. Au moment de la lecture, le texte parlait d'enfantillages à cause de la bonne odeur des fleurs ; Guillaume annonça qu'il adorait l'odeur des vapeurs dans les stations-services, ce qui souleva un "Bêh !" presque général.

Le mercredi, le maître pût se reposer pendant que le gamin se chargeait la tête de nouveaux gags, d'autant que, pour son plaisir, Guignol passait en ville, ce qui le conduisit, le lendemain, sous peine de scandale, à obtenir la parole pour faire le compte-rendu :

-        Dans une scène, un des personnages s'appelait Patate, ce qui fait que, de la salle, quelqu'un cria "Patate crue" !

Là, Manuel qui commençait à le connaître lui coupa la parole pour lui dire :

-        C'est toi qui a crié Patate crue ?

Et du tac ou tac l'enfant répondit :

-        Oui, et j'ai même dit, "sale papate crue" !

Toute la salle s'esclaffa aussi l'instit arrêta là un exposé qui promettait d'être héroïque, notant la distinction entre le langage employé pendant le spectacle et celui employé en classe.

La semaine aurait dû se finir avec le compte-rendu du passage du cirque Zavata, malheureusement Zavata, au grand désespoir de Guillaume, resta sagement assis sur le banc du public. Quelle catastrophe ! Les-autres clowns ne purent en aucun cas le consoler de cette déconvenue, et de toute la matinée de classe notre farceur resta muet.

L'instit saisit l'occasion pour demander aux enfants d'écrire le mot clown sur l'ardoise (mot difficile pour leur âge) et un seul réussit. Devinez qui. Le clown de service qui reprit du poil de la bête l'après-midi.

Il demanda à sortir pour aller au W.C. et revenant hilare, Manuel, qui avait bien avancé le travail scolaire, accepta de prendre le temps de lui demander ce qui lui était arrivé.

- Voilà, en passant devant le bureau du directeur, je marchais comme d'habitude [c’est-à-dire-en faisant le pitre], et là il m'a arrêté pour me demander de marcher normalement.

-        Et tu as obéi j'espère, déclara Manuel.

-        Oui, aussi j'ai rien changé à mon allure, car j'avais marché normal en passant devant le bureau, mais il n'a pas été d'accord, alors j'ai compris qu'il me fallait tenter quelque chose et, pour me moquer de lui, J'AI FAIT SEMBLANT de marcher à sa façon. Je rigole car ça a marché. Le directeur a vraiment cru que j'avais marché normal !

Il ne pouvait s'empêcher de rire tellement il était content de son astuce.

 

Face à l'humour, l'autorité et la hiérarchie sont sans arme, car le pitre sait qu'il a le public de son côté. Il lui suffit d'avoir l'intelligence de saisir le comique dans le déroulement ordinaire des choses pour devenir plus fort que le quotidien. Même une punition peut succomber sous le ridicule. Le mystère reste entier sur les raisons qui font croître chez un enfant une telle aptitude. S'il devient un enfant conforme, il oubliera peut-être que, tout ce qu'il apprit pendant son enfance, c’était pour faire rire, et ce sera dommage. Son sens du spectacle le poussait à parler de lui à la troisième personne et Manuel en déduisit que l'Autorité n'aurait jamais sa peau ! Qu’est-il devenu ensuite trente ans après au moment  où je retrouve cette histoire ? Je ne sais malheureusement. Jean-Paul Damaggio

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