L'ami René Merle qui m'incite toujours, pour en vérifier les saveurs, à soulever le couvercle où je fais mijoter quelques soupes, me pousse à compléter mes infos sur Bonnafé aussi je donne la "bio" présentée par Le Maitron écrite par Gérard Belloin si souvent croisé à propos de Renaud Jean. Toutes les bios ne sont pas d'accès libre sur Le Maitron car il faut bien que ce monument vive, et j'espère qu'on ne m'en voudra pas de faire connaître celle-ci. En y cherchant Bonnafé, j'ai tapé "Baylet" par curiosité et j'ai été renvoyé à deux cas et… à Claude Llabres qui a sa bio à laquelle lit-on il a refusé de participer.

J-P Damaggio

  Né le 15 octobre 1912 à Figeac (Lot), mort le 16 mars 2003 à La Ville-du-Bois (Essonne) ; médecin psychiatre ; Conseiller technique au Ministère de la santé dirigé par François Billoux en 1945 ; intellectuel communiste.

Né dans une famille de médecins, Lucien Bonnafé fit ses études au collège Champollion à Figeac, puis à Toulouse où il rencontra la « mouvance surréaliste » qui marquera sa vie tant professionnelle que politique. Compagnon de route du PCF, responsable de l’Union fédérale des étudiants et animateur d’un ciné-club, il adhéra à la Jeunesse communiste en octobre 1934 après avoir été condamné pour opposition à une manifestation fascisante. 1936 vit l’achèvement de ses études de médecine et le début de son activité professionnelle en psychiatrie (il entra dans les Hôpitaux psychiatriques de la Seine en 1938). Pendant la Guerre d’Espagne il milita à la Centrale Sanitaire Internationale. Avec Marie-Louise Barron et Jean Marcenac, Lucien Bonnafé fut responsable de la section de Toulouse (Haute-Garonne) de l’UEC constituée sur le plan national les 1er et 2 avril 1939. - voir Francis Cohen*. Mobilisé en 1939, il fit la guerre comme infirmier de 2e classe après avoir été cassé de son rang d’élève officier au motif d’avoir, avec Jean Marcenac, « empêché l’audition d’un discours du Président du Conseil ». 

Après l’armistice, il participa aux premières rencontres de médecins communistes chez Marcel Pénin à Cachan au cours desquelles fut envisagée, notamment avec le docteur Maurice Ténine, la poursuite du combat antifasciste. Membre de la direction nationale du Front national des médecins en 1941, il participa, en 1942, au premier essai de service médical au cours d’une opération de résistance (Affaire dite de la « rue de Buci »). Militant de la résistance intellectuelle, il fut parmi les premiers diffuseurs de « Poésie et vérité 1942 » d’Éluard.

Promu chef de service fin 1942, il gagna en 1943 le poste de médecin directeur de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban en Lozère. Il y poursuivit son activité de résistant. Parallèlement, il anima la Société du Gévaudan qui se fixait pour but de définir le travail de critique radicale et d’invention des institutions d’aliénés fait par l’équipe de l’hôpital de Saint-Alban, à laquelle se joignit Georges Canguilhem. Il accueillit dans cet hôpital Paul Éluard et multiplia les rencontres pour le développement de la résistance intellectuelle. Il contribua à l’importante activité d’éditions clandestines menée par Éluard, avec la « Bibliothèque française » créée avec les frères Matarasso, chez Amarger, imprimeur à Saint-Flour (Cantal).

En 1944, membre du service médical du maquis lors de la bataille du Mont Mouchet, il fut promu en juin résident à Lyon du Comité national des médecins français (Front national zone sud) et participa aux combats de la Libération. 

Conseiller technique au Ministère de la santé dirigé par François Billoux en 1945, il organisa les « Journées psychiatriques nationales » pour promouvoir la notion de « désaliénisme » et de pratique désenclavée. 

Il reprit son activité de praticien en 1947 et se consacra à l’organisation de la « psychiatrie de secteur » successivement à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), Paris IVe et hôpital psychiatrique Vaucluse, Corbeil-Essonnes (Seine-et-Oise). La désaliénation dans les systèmes de santé mentale fut, à ses yeux, le cas éminent de la nécessaire résistance aux conduites de partition, d’exclusion, de discrimination et de ségrégation, résistance à laquelle il a voulu consacrer sa vie. Privilégiant les problèmes de l’enfance, il est l’auteur de nombreux travaux de recherche sur le cadre de vie, la formation et la déformation des mentalités (notamment en participant au travail animé par Henri Lefebvre sur le « Contrat de citoyenneté »). 

Son activité politique proprement dite ne fut pas séparable de sa démarche professionnelle et elle fut dominée par la question des libertés et, selon ses propres termes, « la résistance aux perversions cléricales du mouvement révolutionnaire ». Il anima, en 1975, un débat à la Fête de l’Humanité pour dénoncer les usages répressifs de la psychiatrie en « pays socialistes » et persista, toujours selon ses propres termes, « dans une position de résistance, dans le PCF, aux obligations et interdictions de penser (par exemple à l’égard de la psychanalyse) et aux insuffisances de critiques sur le « marxisme de chapitres de chanoines » et le « militantisme de sérail » ». Gérard Belloin

ŒUVRE : Le Problème de la psychogenèse des névroses et des psychoses (avec H. Ey, S. Follin, J. Lacan, J. Rouart), Desclée de Brouwer, 1950. — 27 opinions sur la psychothérapie, l’art de la sympathie, Éditions sociales, 1961. — Problèmes posés par la chronicité (avec Le Guillant et H. Mignot), Masson, 1964. — Dans cette nuit peuplée..., Éditions sociales, 1977. — Psychiatrie populaire, par qui ? pour quoi ? Scarabée-CEMEA, 1981. — Du contrat de citoyenneté, l’enfant citoyen ? (sous la direction d’Henri Lefebvre), Syllepse, 1991. — Désaliéner ? folie(s) et société(s), Presses Universitaires du Mirail, 1992. — L’homme, cet inconnu ? Alexis Carrel, Jean-Marie Le Pen et les chambres à gaz (avec Patrick Tort), Syllepse, 1992.

SOURCES : Bernard Foutrier, L’Identité communiste... La psychanalyse, la psychiatrie, la psychologie, L’Harmattan, 1994. — Entretien avec Lucien Bonnafé. — Élisabeth Roudinesco, « Lucien Bonnafé, pionnier de la psychiatrie ’désaliéniste’ » Le Monde, 20 mars 2003. —L’Humanité, 18 mars 2003 : « Contre tous les enfermements » propos d’Élisabeth Roudinesco recueillis par J.-A. Nielsberg ; « Lucien Bonnafé, né psychiatre », par Arnaud Spire.