Santiago, Italia - Bande annonce HD VOST

Voir entretien avec le cinéaste sur la question : ICI

Autre article sur la question : ICI.

La présentation italienne du documentaire : ICI.

Avec son documentaire Moretti aurait-il enfin quitté l’Italie pour le Chili ? Si peu ! Dès le titre, l’Italie est là. Moretti reste l’autarcique qu’il a toujours été. Dès le générique on retrouve l’image classique de sa maison de production, la Sacher. Mais bon, il est face à Santiago et un long traveling caresse la ville.

Le Chili de 1973 est un prétexte pour revenir en Italie par l’intermédiaire des exilés chiliens qui ont quitté leur pays après le coup d’Etat.

Des images d’archives face à des témoignages actuels.

La victoire d’Allende, le coup d’état, la torture, l’arrivée à l’Ambassade d’Italie de certains, leur installation en Italie.

D’un côté, les foules heureuses autour du nouveau président, puis les foules malheureuses du stade devenu prison.

De l’autre, des parcours individuels totalement émouvant avec Nanni Moretti qui pose les questions.

Deux militaires seront interrogés et là Moretti apparaît de visu pour préciser qu’il n’est pas impartial. Donner la parole à des militaires qui continuent d’approuver le coup d’Etat ce n’est pas être impartial mais démocrate.

 

Mais pourquoi ce documentaire qui n’apprend presque rien ? Pour montrer combien l’Italie a changé ! combien le monde a changé ! Pour rappeler aux jeunes ce magnifique rêve avorté, cette solidarité d’hier que l’individualisme a tué. La dernière parole c’est celle d’un exilé qui constate qu’il voit naître en Italie le pire du Chili d’hier.

Comment en quarante ans une telle mutation a été possible ? D’un pays dominé par le PCI et la Démocratie chrétienne comment en arriver à celle de Salvini et de Di Maio ?

 

A la fin, j’imaginais une chanson mais c’est la musique d’une bande populaire.

 

Le documentaire a sa part tragique mais la sélection des témoignages permet de sourire, de croiser l’humour et presque l’optimisme. Comme cette dame qui, inconsciente, tente de franchir le mur de l’ambassade devant un militaire qui le garde et qui est sauvé car sur un arbre près du mur un homme mange une pomme et réussi à lui prendre les bras avant la réaction du militaire. Elle est tombée côté ambassade, ce qui lui vaudra une jambe cassée et pour le sauveteur, une balle traversera son épaule. Un peu comme si parfois la vie était plus forte que tout.

Les visages de tous les survivants m’apparaissent comme un réconfort. Cette gamine qui a vu sa mère brûler tous ses livres en entendant les avions bombarder La Moneda. Cette autre dame qui est passée par la Villa Grimaldi.

Moretti laisse de côté les grands discours politiques pour s’en tenir au concret des détails de la vie. On découvre Patricio Guzman, au bout de trois jours, il peut quitter librement le stade avec trois ou quatre amis. Déroutés ils s’assoient au bord de route incapables de décider quoi que ce soit puis tout d’un coup ils pensent qu’il va y avoir le couvre-feu alors ils prennent le premier bus qui passe, le chauffeur comprend d’où ils viennent, ils ne peuvent payer et les voyageurs regardent ailleurs. Tout d’un coup ils prennent le bus, car la vie continue.

La vie continue compañeros… J-P Damaggio