patois créole

Avant même notre départ pour l’île Maurice j’ai souhaité m’informer sur le créole. Sur place j’ai vérifié que le créole est bien vivant : dans la rue, à la télé et dans les journaux. A Port-Louis, dans la plus grande librairie du pays, j’ai demandé ce qu’ils avaient sur le créole et j’ai eu droit à deux propositions : la méthode assimil et la réédition d’un livre ancien de 1880 intitulé de manière claire : Etude sur le patois créole mauricien.

Charles Baissac avait eu la particularité de s’intéresser à ce patois qu’il aurait préféré appeler jargon. Dans sa conclusion il affirme que le créole est inapte à la littérature : "L’horizon est étroit auprès de notre pauvre patois. Passe pour une excursion furtive au pays des contes ; mais toute velleité de conduire ailleurs a été convaincue d’impuissance." Donc pour lui, pas de poésie possible en créole.

Mais comment passe-ton du créole au kreol ?

Catherine Boudet dans un article important «Impact n°51 du 04 mars 2011» signalant la nouvelle politique à partir de 2010 en faveur du kreol indique au départ :

« C’est super. Munie d’une Akademi Kreol Morisien (AKM), d’une Ortograf du Kreol et bientôt d’une option Kreol a lekol, Maurice est sur la bonne voie. Oui, mais laquelle ?Mais sur la voie d’une «reconnaissance du créole comme langue», me répondrez-vous. Encore que pour ça, il va falloir maintenant plancher sur la syntaxe et la grammaire… C’est d’ailleurs paradoxal. Car, si l’orthographe (ou, pour employer le mot à la mode, la graphie) constitue la chair d’une langue, la syntaxe et la grammaire en sont quand même le squelette. Alors pourquoi avoir voulu précipiter l’introduction du créole comme option à l’école ? C’est vrai qu’il n’a fallu que 3 mois pour finaliser le document qui fixe la graphie du créole.»

 En tant qu’occitaniste j’ai bien connu cet effort de normalisation de l’écrit pour passer du statut de patois à celui de langue.

 Elle s’explique :

« Mais quand même, est-ce bien logique tout ça ? Le fait même d’avoir mis la transcription avant la grammaire, c’est-à-dire d’avoir mis la charrue avant les bœufs, montre à quel point «faire du créole une langue» est une démarche idéologique. A quel point on s’est préoccupé d’abord du «packaging» au lieu de se soucier des fondements sur lesquels faire reconnaître le créole comme langue. »

 Charles Baissac dans son étude sur le patois avait considéré qu’il était logique de commencer par la grammaire : article, substantif, adjectif, verbe. Puis la conjugaison. Pour l’orthographe, finalement il ne traite pas la question adoptant une orthographe bricolée. Catherine Boudet a raison : commencer par l’orthographe est idéologique car on peut aussitôt afficher une originalité. Tout de même écrire kreol, c’est déjà un signe de grandeur de la langue !

 Sauf que réaliser en trois mois une telle normalisation induit des difficultés.

« On a ainsi réussi à faire passer la pilule, c’est-à-dire à faire croire que le créole écrit devait nécessairement être phonétique. »

Vieux problème linguistique : faire croire que l’écrit peut se déduire de l’oral ! Or l’écrit est une autre langue. Et cela pose surtout des problèmes pédagogiques avant ceux de la graphie. En France aussi ! Répéter à un enfant du CP que le son prime sur la lettre quand on apprend à lire (mais pourquoi au c’est o ?) c’est le mettre sur une mauvaise piste.

 Et voici aussitôt des exemples de problème : « En écrivant «mayo» (au lieu de maillot) «kanser» (au lieu de cancer) «ogmentasyon» (au lieu de augmentation), est-on vraiment en train de faire du créole une langue ? D’ailleurs, pour les mots anglais passés dans la langue française, écrit-on «sex-appeal» ou «seksapil» ? «thriller» ou «srileur» ? «week-end» ou «ouikène» ? «oldeupe» ou «hold-up» ?”

 Le créole a un vocabulaire issu des langues des colonisateurs et une grammaire et syntaxe largement basées sur les langues des esclaves et des engagés. Avec la graphie phonétique il s’agit pour certains d’effacer le lien avec les langues des colonisateurs.

 Voici par ailleurs la parole officielle du Président de l'AKM :

« La création de l’Académie du kreol mauricien par le Gouvernement en octobre 2010 représente une étape historique majeure dans le processus de reconnaissance, de développement et de promotion de la langue du pays. Selon les termes de la mission qui lui a été confiée, l’Académie du Kreol Mauricien fera des recommandations sur : • La standardisation du kreol mauricien, notamment dans le domaine de la prononciation, de la grammaire et de la syntaxe ; • La validation de son orthographe • Les aspects techniques ayant trait à l’élaboration de matériels pédagogiques et à la formation des maîtres ; • La promotion et le développement de la langue. L’Académie du kreol mauricien eut sa première session de travail le 27 octobre 2011, le jour même de son lancement par le Ministre de l’Education et des Ressources Humaines, l’Honorable Vasant Bunwaree. Des comités techniques furent ainsi mis sur pied pour travailler sur les objectifs de l’Académie. Le premier rapport du comité technique pour la validation de l’orthographe du kreol mauricien, présidé par le Dr. Arnaud Carpooran, fut soumis pour examen à l’Académie lors de sa réunion du 10 novembre 2010. Le rapport final fut examiné et approuvé lors d’une session spéciale le 21 décembre 2010, au cours de laquelle l’Académie exprima son appréciation du travail accompli par les membres du comité technique. Au nom de l’Académie du kreol mauricien, je suis heureux de présenter le document final sur l’orthographe du kreol mauricien rédigé par le Dr. Carpooran. Il est bon de rappeler que ce document est aussi l’aboutissement de tout le travail considérable sur la graphie de cette langue, initié dans les années 1960 et qui a donné lieu à plusieurs systèmes standardisés en vue d’écrire le Kreol mauricien. En 2004, une première initiative gouvernementale déboucha sur la formation d’un comité, placé sous ma responsabilité et composé de linguistes de l’Université de Maurice et du Mauritius Institute of Education, en vue d’harmoniser les diverses graphies en usage. Comme souligné dans mon rapport, la Grafi-larmoni n’a pas été présentée comme un système fermé et l’on disait qu’elle était appelée à évoluer avec le temps et l’usage. »

On s’aperçoit déjà de l’écart entre morisien et mauricien ! Et depuis a-t-on fait une évalution de l'enseignement de kreol à l'école ? J-P Damaggio

P.S. Quand on veut utiliser le traducteur google seul le créole haitien est disponible.