En politique, en philosophie, en art donc dans la vie en général il y a deux attitudes :

-         1)Ceux pour qui l’idée prime et ils étudient la réalité à la lumière de cette idée.

-         2)Ceux pour qui la réalité prime et ils y puisent leurs idées.

Il existe une autre solution : contourner sans cesse la réalité.

Tous ceux qui occupent les pouvoirs (du plus petit au plus grand) appartiennent le plus souvent à la première catégorie. Comme ils pensent que la raison du pouvoir c’est de pouvoir changer la réalité, l’idée prime sur le fait.

On peut diviser le pouvoir en deux attitudes :

-         Ceux qui tiennent le pouvoir (les forces dominantes)

-         Ceux qui contestent le pouvoir (les forces dominées).

Pas besoin d’être savant pour constater que les forces dominantes d’aujourd’hui préfèrent assurer la promotion des extrêmes pour mieux conserver leur pouvoir (l'Espagne vote et le reportrage télé portera plus sur Vox que sur Podemos). Jusque parfois à se brûler les ailes mais ils pensent avoir les moyens d’éteindre l’incendie.

Pour contrer cette attitude certains considèrent que leur rôle c’est d’assurer la promotion des révoltes démocratiques. Dans un cas comme dans l’autre l’essentiel n’est pas d’étudier la réalité mais de plier la dite réalité à la position de départ pour glorifier l'idée défendue.

 Depuis des lustres le monde est traversé par des révoltes populaires.

Qui va se servir de la révolte populaire du peuple de RDA en 1989 ? De celle du peuple Tchécoslovaque en 1968 ? Du peuple du Nicaragua en 1979 ? Du peuple d’Iran la même année ? Du peuple du Nicaragua en 2017 ?

Mary-Lafon que j’ai tant étudié observait à la fin de sa vie vers 1880, que le gâteau des révolutions n’est jamais mangé par ceux qui le font. Normal puisqu’en toute révolution, la raction à la réalité est le point de départ de la révolution, or en suite le pouvoir s’en empare pour mettre cette réalité à la distance de ses idées puisqu’il est le pouvoir !

 L’actuelle révolution en Algerie est phénoménale sur des tas de points :

-         Elle ne s’épuise pas. Quand une révolution dure un mois c’est déjà le bout du monde, deux mois c’est sidérant mais plus d’un an alors c’est surprenant.

-         Elle s’en tient à sa stratégie pacifique dans un pays où pourtant l’armée est le pilier du pouvoir ! En conséquence elle dénonce l’attitude de compatriotes en France qui usent de la violence pour se faire entendre. Et elle s’inquiète de voir chez nous la progression de l’islamisme !

-         Elle ne s’épuise pas car en son sein personne n’aspire au pouvoir puisque c’est seulement au pouvoir à se plier à ses exigences.

-         Elle a donc cette difficulté : comment changer le pouvoir sans que le pouvoir vous change ? Je veux dire comment accéder au pouvoir sans que le pouvoir vous vole la révolution ?

La révolte au Chili a déjà fait beaucoup de morts mais moins qu’au Nicaragua en 2017. D’où la question permanente de la répression.

La première fonction du pouvoir quel qu’il soit c’est de réprimer sinon il n’est plus le pouvoir ! Puisque le pouvoir c’est l’idée apte à donner la bonne interprétation du monde, contester cette idée c’est contester sa fonction donc c’est nier le pouvoir, ce qu’il ne peut admettre.

Les révolutions démocratiques ont permis cependant, par le vote, une contestation controlée du pouvoir, mais à la condition expresse que ce soit de la part de quelqu’un qui veut le pouvoir ! D’où le diable qui se mord la queue !

 Que faire alors du primat de la réalité ou plutôt des réalités ? Les peuples du monde cherchent encore la réponse. Beaucoup la trouve aujourd’hui dans les religions (comme dans la révolte actuelle à Islamabad ou hier à Téhéran) que le siècle précédent avait réussi à marginaliser. Si bien que certains qui hier tenaient des discours contre les religions préfèrent aujourd’hui faire profil bas ! Quand la célèbre phrase de Marx fut réduite hier à «la religion c’est l’opium du peuple» certains veulent la réduire aujourd’hui au début de la même phrase que je donne en entier :

La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole“.

Ce n’est pas en une seule phrase que l’on peut se saisir des réalités dans leur globalité, mais il est aisé de constater que la tentative est méritoire (et la diffusion aujourd’hui des diverses drogues physiques n’est pas une des moindres réalités). La religion n’est pas un tout et l’histoire permet de vérifier comment la théologie catholique de la libération, mouvement prenant comme point de départ la réalité (l’exploitation des hommes) est le contraire de l’islamisme qui prend comme point de départ la charia ! Si un pape avait été défenseur de la théologie de la libération alors la situation aurait été inquiétante pour ce mouvement, mais comme chacun sait, les papes et particulièrement Jean-Paul II ont tout fait pour la désarticuler. Inversement à la dite théologie, les islamistes ont comme obsession la destruction de tous ceux qui dans l’islam souhaiteraient justement une libération de leur théologie extrémiste et le phénomène est aussi vieux que l’islam lui-même ! J-P Damaggio