Dans le dialogue déjà évoqué entre le chanteur et l’écrivain, Montalban déclare sans détours :

« Je crois que le nationalisme porte en lui un certain risque de dérive vers une forme de fascisme suivant la façon de l’interpréter ou de l’analyser.»

Luis Llach répond : C’est très clair. »

Ce point est vrai pour le nationalisme espagnol comme pour le catalan sauf que celui de « Madrid » a déjà causé beaucoup de drames en Catalogne alors qu’à ce jour l’inverse n’est pas vrai.

Montalban qui n’aime pas les abstractions ou les généralités donne un exemple : « Tous les assassinats de l’ETA pour des raisons d’opinion sont des actes absolument fascistes. »

Il précise : « On peut comprendre la lutte armée quand on affronte des personnes armées mais quand tu tues de manière indiscriminée et parce que quelqu’un ne pense pas comme toi, c’est une pratique national-fasciste. »

Bien sûr à partir d’une telle position il est facile de reprocher à quelqu’un de ne pas prendre en compte « les différences qui existent dans un pays comme l’Espagne qui a gagné des guerres civiles depuis l’époque des Rois catholiques pour maintenir l’hégémonie du centre sur la périphérie » mais c’est idiot.

Montalban avait eu l’occasion d’évoquer l’ETA avec le sous-commandant Marcos qu’il défendait. Quand ce dernier crut utile de soutenir de manière il est vrai un peu confuse, l’ETA Montalban afficha sa critique sévère. La position du sous-commandant Marcos était d’autant plus étrange que par rapport au Chiapas jamais l’idée d’indépendance n’est apparue.

 Avec le cas basque on peut mesurer que s’il y a le problème de la domination du centre sur la périphérie, ça ne signifie pas que toutes les périphéries sont dans la même situation. Dernièrement, j’ai tout entendu sur le lien mécanique entre le cas catalan et le cas corse ou alsacien etc. En Espagne il y a déjà même des différences entre Barcelone et Valence…

C’est bien évidemment la force du centre d’avoir des périphéries divisées.

 Donc pour Lluis Llach aussi il y a plusieurs nationalismes : «ça me préoccupe qu’on puisse croire que le nationalisme se réduit à un sentiment même si beaucoup de gens le vivent ainsi. Mais on peut dire la même chose du socialisme ou de la préoccupation sociale. Parfois certains se définissent comme socialisme pas pour avoir lu Marx mais pour cause se sentiments humanitaires qui les conduisent à de tels principes.»

 Donc il y a le nationalisme de drapeau et de frontière qu’il refuse et celui émancipateur qu’il soutient. Montalban aurait pu ajouter qu’en effet tout est pluriel même le cholestérol !

Quelle porte de sortie ? La raison démocratique répètera toujours Vazquez Montalban. Sauf que l’engrenage mis en place aujourd’hui nous éloigne chaque jour de toute raison démocratique. J-P Damaggio