Un grande présentation de ce congrès ici.

1 ) Le pacifisme

Le propos de Tristan Tzara est clair (p. 89) : «Ce sont les mêmes qui, attrapant, pourrait-on dire, dans sa course, une époque révolue, essayent de justifier comme révolutionnaire, ce qui depuis longtemps a cessé de l’être.»

Cette phrase peut sembler confuse or elle est très claire pour qui admet que la société change à grande vitesse depuis toujours. Ici la question du pacifisme. Un autre Français reviendra sur ce point à Paris même, André Chamson que la première guerre mondiale a rendu profondément pacifiste mais qui, en 1937, déclare avec force que le fascisme ne peut se combattre que par la guerre. A partir de la Guerre d’Espagne le pacifisme contre le fascisme se révèle être une lâcheté.

 2 ) La nation

En 1937 une question se pose : qu’est-ce que l’Espagne, un pays si méconnu ?

Les Brigades internationales confirment qu’être révolutionnaire c’est défendre un pays, une nation (sinon leurs membres seraient restés chez eux). Sur l’Espagne les écrivains hispano-américains découvrent une autre Espagne que l’Espagne colonialiste. Nicolas Guillem peut dire de Cuba «que c’est le fils de l’Espagne», Cuba l’île qui a été le plus longtemps colonisée par Madrid ! L’Argentin Raoul Gonzalez Tunon dira de son côté : « Etre Espagnol a dit notre camarade Juan Marinello, c’est aujourd’hui une façon d’être homme. Profondément hommes, nous nous sentons donc profondément Espagnols ! »

 3 ) La Religion

L’Espagne si grandement catholique se trouve avec une hiérarchie religieuse dans le camp de Franco. En face des catholiques prennent position fortement en faveur de la République ; Jose Bergamin en est la figure majeure. Comme les deux autres points nous vérifions que chaque notion est traversée par la lutte des classes.

Le Hollandais Brouwer déclare : « J’en appellerai à une seule raison : à Jésus Christ, à Jésus, fils d’un charpentier, fils d’un paysan, sacrifié par la cléricaille et par une caste de soudards ». (p. 87)

 4 ) La culture

Là le point sera fortement discuté avec en toile de fond un accord général : la culture est l’ennemi majeur du fascisme.

Un point qui recoupe les questions précédentes. Aragon va plaider pour la valorisation de la culture nationale car ainsi on redonne force au peuple, à la nation et donc à la révolution.

Sauf que la culture est porteuse d’universel, cet universel capable de balayer le national.

César Vallejo va se distinguer. On se souvient comment 1918 a boule vesé la culture avec la révolution nihiliste : de dada au surréalisme. Pour Vallejo, à partir de la guerre d’Espagne il n’y a de culture possible que celle qui est une arme chargée de futur comme le dira de manière brillante un poète espagnol. Il ne plaide pas pour une sauvegarde du passé à travers les musées, les œuvres mais pour que la tradition soit une force présente. Pour lui le « musée » est bourgeois même s’il ne le dit pas ainsi. Et peut-être pense-t-il à son cher pays et plus encore au cas mexicain où les Indiens du passé sont célébrés mais en dehors des Indiens du présent.

 5) le fascisme

Quand on repasse les points suivants on peut définir le fascisme :

-         Il est la violence

-         Il est la nation passée, enfermée dans son passé.

-         Il est la religion des maîtres, des puissants

-         Il est la culture de l’assassinat de la culture.

Et aussitôt se pose cette question : est-ce une culture que de vouloir assassiner la culture ?

Ce congrès des écrivains de 1937 sera sans équivalent dans l’histoire.

Il a été triplement effacé :

-         Par la défaite

-         Par la deuxième guerre mondiale

-         Par la répression stalinienne.

Il est un fait majeur de ce congrès : l’action constante des écrivains soviétiques pour dénoncer André Gide. Koltsov est au cœur de cette action, il est la voix de Staline et en 1938 comme tant d’autres participants à la Guerre d’Espagne, il disparaîtra sous le coup des purges staliniennes. Pourquoi ? Car Staline préparait son accord avec Hitler et il comprenait que ceux qui avaient presque donné leur vie pour arrêter Hitler en Espagne, auraient du mal à digérer le retournement d’alliance. En conséquence, ce n’est pas la guerre elle-même qui sera l’événement majeur du siècle mais tout le génie que la République espagnole portait en elle, et qui ne va pas pouvoir éclore et donner les graines tant espérées.

En 1976, dans l’œuvre poétique complète Aragon écrira : « L’année 1937, c’est celle des grand procès monstrueux que j’ai pourtant applaudis… » (page 281) Et à propos de Gide : « Quand je relis maintenant (1976) ce Retour de 1936, ce qui m’y frappe, ce sont moins les critiques du voyageur, que le marques de son enthousiasme.» «Le fait que les partisans de l’URSS alors semblèrent n’y entendre que les critiques, et tenir les éloges pour manière de perfidie.» (p. 280)

Il dira de Tristan Tzara (je boucle la boucle) : « Est-ce qu’il ne faut pas signaler particulièrement comment dans cette période Tristan Tzara, le fondateur du Dadaisme, écrit et publie sur l’Espagne des poèmes parmi les plus beaux qu’il n’ait jamais faits… » (p. 333)

J-P Damaggio