dilem boutef

 Non, je ne vais pas verser dans l’anachronismes de ceux qui invitent les gilets jaunes ou Macron à prendre exemple sur l’Algérie même si je sais que l’histoire de nos deux pays est intimement liée. Je veux simplement revenir sur un point : le fonctionnement de facebook.

Comment passer de foules en révoltes en foules révolutionnaires ?

Ce n’est pas parce que j’appartiens à l’ancien monde que cette question n’est pas utile : comment la révolte individuelle peut-elle devenir révolte collective ?

Pour le dire plus concrètement : comment ne pas s’étonner que l’Algérie connaisse semaines après semaines des foules dans les rues sans que surgissent pas à pas des éléments d’organisation démocratique ? On me dit qu’il existe des groupes qui se réunissent, des organisations embryonnaires etc. mais sans visibilité sociale !

Le tout se terminera par des élections, ça va de soi, des élections que l’opposition au «système» préparera dans l’urgence du dernier moment ?

Je comprends le discours «pas de chefs» qui comme je l’ai écrit est un moyen d’être forts mais une force qui se fera faiblesse avec le temps ! Une force car l’objectif du pouvoir divise, tandis que la joie dans la rue unifie. Une faiblesse car l’heure des comptes va venir, et le pouvoir en place garde en main bien des cartes.

La leçon des gilets jaunes tient à l’impasse produite par la culture du non chef, très partagée surtout par des chefs maîtres de comptes facebook !

Avec nos chers cahiers de doléances en France on a oublié qu’ils étaient appuyés sur l’élection de délégués aux Etats Généraux qui ont pu se transformer en assemblée constituante. Si l’auto-organisation populaire veut aller jusqu’au bout, il faut que des comités populaires désignent les membres révocables capables de composer l’assemblée constituante sinon elle se mettra en place par les bons soins du pouvoir.

Les histoires des deux pays sont totalement différentes mais comme partout les autorités vont essayer de jouer la montre (tout mouvement social est conduit à s’épuiser) de manipuler, de reculer pour mieux sauter etc. Pour enlever aux pouvoirs toute capacité d’initiative les révoltés individuels doivent créer un pouvoir parallèle et autonome.

Ce que j’écris n’a rien d’original. Hier on disait des «soviets partout» sauf qu’en effet les soviets ont partout été vidés de leurs autonomies, de leurs vitalités et cette expérience négative pèse sur les révoltés qui craignent que toute désignation de délégués conduise à une confiscation de leur révolte. Il faudra un jour sortir du double piège, le piège facebook qui met l’individu devant le collectif, et le piège soviétique qui a pris prétexte de l’intérêt collectif pour écraser l’individu.

A suivre. J-P Damaggio